novembre 16, 2011

L'eau, ça sort du robinet, non ?

Si vous avez lu le début de mon blog, vous savez que l'envie profonde qui se cache derrière ce voyage, c'est celle de rendre une véritable visite à la Bolivie. En tant que pays, mais en tant que nation (ou plutôt multi-nation). L'envie de rencontrer les populations locales, d'échanger autant que faire se peut avec elles, de leur donner autant que de leur emprunter une petite tranche de monde. Sachant aussi les conditions de pauvreté dans lesquelles se trouve une partie de la population bolivienne, je souhaitais aussi approcher le travail d'organisations qui travaillent à l'amélioration de ces conditions de vie. Aujourd´hui, une porte s'est ouverte toute grande sur la réalisation de ce projet. Parce que c'est pas tout de se dire "je vais aller voir les locaux". Encore faut-il pouvoir entrer en contact avec eux d'une manière naturelle et appropriée.

Comme annoncé dans les notes précédentes, je me suis donc rendu au siège de la fondation Sodis. Cette fondation a un but très simple en théorie, mais assez compliqué à mettre en pratique : faire en sorte que tous les boliviens puissent accéder à une eau propre. Par chez nous, il suffit d'ouvrir un robinet et de mettre sa tête en dessous pour avoir à boire. Si bien qu'on est même tout surpris quand une fontaine a le toupet d'indiquer "eau non potable". C'en est tellement facile qu'on (enfin, moi en tous cas) ne se rend pas du tout compte de ce que cela signifie de ne pas avoir accès à cette ressources. Il n'y a bel et bien que dans nos contrées que, partout, l'eau sort du robinet potable, comme par magie. Il s'en trouve encore pour ne boire que de l'eau en bouteille... mais ça, c'est un autre débat.

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La cuisine d'expérimentation des filtres...

Le slogan de Sodis, que j'adore, est le suivant : "Soluciones simples que salvan vidas". C'est ce qui m'a directement séduit dans leur approche. On ne parle pas d'importer des stations d'épuration high-tech ou de mettre en place d'énormes réseaux de distribution à même d'atteindre les populations les plus reculées de bolivie (et on ne parle pas d'amener de l'eau à Arville ou à Vlessart...). Non. Lídée est de tester, de développer et de promouvoir auprès des populations locales une série de techniques simples pour filtrer et assainir l'eau. On parle ici de filtres (céramiques, textiles, de sable,...), de production de chlore à la maison ou même de chauffage solaire de l'eau pendant des période suffisantes. Avant tout, toutes ces techniques et leur intérêt doivent être expliqués et démontrés pour avoir une chance d'être adoptés par les gens. Et c'est bien pour ça que Sodis ne se contente pas de distribuer des filtres à qui veut, sans se soucier de ce que les gens en feront. Si j'avais encore des doutes quant à l'impérative nécéssité de ce projet, ils ont été complètement dissipé par cette image furtive captée durant le trajet en bus vers Cochabamba : Un type était agenouillé au bord de la route, une bouteille en plastique à la main et était en train de récupérer de l'eau dans un petit pipi de flotte entouré de déchets. Là, on se dit que non, l'eau, ça ne sort pas du robinet.

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Le prototype de dispositif de purification par chauffage solaire

Demain donc, j'irai à Quillacollo (à une quinzaine de kilomètres à peine de Cochabamba) sur le terrain avec Remi, qui, comme son nom ne l'indique pas, est un bolivien pure souche... Nous irons voir les personnes qui ont bénéficié de l'aide de Sodis dans le but d'évaluer le projet, et de voir si leurs besoins ont été rencontrés.

Jeudi, j'ai rendez-vous avec Wilson Claros à 8h30 du matin à Sacabamba (à 2h de trufi de Cochabamba... va falloir se lever tôt !) ou se développe un projet qui s'inscrit dans une plus grande durée. Le projet de Quillacollo, lui, relevait d'une situation d'urgence.

Vendredi, je serai fixé sur les possibilités d'aller voir un autre projet d'urgence mené par la fondation dans la partie tropicale du département de Cochabamba, à plus ou moins 200km de la ville, vers Santa Cruz de la Sierra. J'espère vraiment que ce sera possible !

septembre 29, 2011

Goûter une petite tranche de monde

BolivieÇa fait dix ans que je rêve d’ouvrir ce blog. Dix ans que je rêve de quitter pour un temps l’Europe, sa vie trépidante, sa technologie omniprésente, son matérialisme ravageur et son confort anesthésiant. Dix ans que j’oscille entre le manque d’argent (avant de trouver un job), le manque de temps (une fois le job trouvé) et l’absence de complice d’aventure pour repousser toujours ce « grand break ». Je suis né le cul dans le beurre, avec une jolie bordure de nouilles et une petite cuillère en argent pour me délecter du luxe ordinaire d’une classe moyenne belge qui n’en a que le nom. J’ai vu la France, la Suisse, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, l’Autriche, la Roumanie, la Croatie, la Slovénie, la Grèce, l’Angleterre et même le Luxembourg. J’ai un chat, une télé à écran plat, un iPad et une Playstation, je mange un peu bio, je trie mes déchets et je prends le tram de temps en temps. Je paie mes impôts, je vomis sur notre absurde conflit communautaire et je lis du Jean Ziegler pour tout de même me sentir un peu moins bien… "Putain, putain, c’est vachement bien, je suis quand même juste un européen" résonne comme un refrain très adapté.

Empli de valeurs humanistes, d’une bonne couche de morale judéo-chrétienne, d’un brin de cynisme et de beaucoup d’auto-dérision, je vais donc aller voir le vaste monde (enfin… on va commencer par la Bolivie, le Brésil et le Pérou, puis on rajoutera éventuellement un zeste d’Argentine…), parce que j’ai appris quelque part que ce sont ceux qui en parlent le plus qui en voient le moins.

J’espère que ces deux premiers paragraphes résument en quelques traits les interrogations qui m’assaillent, pris que je suis entre un système dont je fais partie intégrante mais que je méprise tout tentant d’en sucer avec bonheur la substantifique moëlle et la conviction intime que je suis assis sur une montagne d’or, bedaine à l’air et cocktail à la main, en train de regarder l’horizon pour tenter de  survoler la foule innombrable de ceux qui luttent, qui galèrent et qui crèvent.

Mon Europe brade ses excédents alimentaires en cassant les économies du sud, mon Europe dirige le FMI qui écrase des peuples entiers sous le joug de la dette, mais mon Europe pose une vision humaniste et pleine d’amour sur ce monde qu’elle est en train de broyer. On est pas les seuls, on est (sans doute) pas les pires, mais on est quand même une sacrée tripotée d’enfoirés. Et c'est pas "Eux", c'est "Nous".

Ce blog se veut un croisement un peu mutant entre une pensine (que ceux qui ne savent pas ce que c’est aillent faire un tour ici sur Wikipedia…), une boîte à outil et un album photo. J’essaierai de garder l'équilibre autant que faire se peut, mais il est possible que ça bascule plus dans une direction que dans l'autre. L'avenir nous le dira !

Si j’étais un « vrai », un authentique baroudeur sans peur et sans reproche, je serais parti avec un pull, deux calebars de rechange et un canif. J’aurais rejoint mes potes alter-mondialiste et on aurait été boire du maté sur une plage en Argentine. Sauf que moi, je ne suis ni un combattant assoiffé de justice sociale, ni un écologiste forcené et que je n’ai pas la moindre attirance pour le statut de martyr. Mourir pour des idées, d'acord, mais de mort lente... comme dirait l'autre. Je suis juste un employé ordinaire, avec une chouette vie ordinaire et une super amoureuse. Et pourtant, je ne peux pas me départir de cette conviction que le monde des hommes tourne complètement carré. Faire en sorte qu’il tourne un peu plus rond sera peut-être une prochaine étape…

Mais on ne se débarrasse pas comme ça de cette épaisse gangue de confort technologique qui nous recouvre, nous enserre et nous réchauffe. Le fait est que j’adore faire des photos, et qu’il faudra donc que je me trimballe tout mon matos, parce que j’ai également l’intention de ramener (et d’offrir aux locaux, j’y reviendrai) de belles images, souvenirs et hommage aux hommes et à la nature que ma route croisera. Il ne faudra donc pas que je compte sur mon look, mais bien sur mon attitude et sur ma sincérité pour me démarquer du commun des touristes et avoir la chance de rentrer dans un autre quotidien, sur une autre planète.

Je vous invite à venir avec moi, à partager ma préparation, à suivre (et accompagner, voire précéder) ma réflexion et à profiter des somptueuses images qui ne manqueront pas de passer devant mon objectif.

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