décembre 01, 2011

Le monde appartient-il aux boliviens ?

chapare,bolivia,sodisBon, je vais pas vous refaire le coup des filtres, de l'eau pure et tout le tintouin, mais après bientôt trois semaines passées au contact étroit des boliviens et à l'heure de quitter Cochabamba, je me propose de vous livrer quelques réflexions sur le peuple Bolivien. En effet, du haut de mon immense expérience, il va sans dire que je suis en mesure de juger cette société dans son ensemble. Ennemis de l'ironie, passez votre chemin.

Tout d'abord et d'où le titre de cet article, force est de constater que le bolivien se lève tôt... Putain qu'est-ce qu'il se lève tôt ! En de (très) rares occasions, il m'est arrivé de sortir de chez moi  en Belgique un jour de semaine lorsque l'été bat son plein (enfin, disons lorsque le soleil se lève tôt...), et je n'ai rencontré que rues vides et commerces fermés, quand ce n'était pas quelque vieux bourré (étais-je de ceux-là ?) rentrant péniblement chez lui.

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Le bolivien travaille et ne ménage pas sa peine. C'est tant mieux, parce que quand on veut suivre le rythme de Sodis, il vaut mieux trouver pouvoir un déjeûner, un taxi et quelques fruits à la pointe de l'aube. Pour une fois cependant, on est partis à 17h30, heure bolivienne (comprenez 19h heure locale...), mais ce n'était que pour mieux s'arracher à l'oreiller le lendemain matin. Quoique de lendemain, j'ai longtemps pensé qu'il n'en serait pas question au regard de l'enfer routier que fût notre voyage jusqu'à Villa Tunari. Entre Cochabamba et le Chaparé, il n'y a qu'une seule route que les français qualifieraient de "départementale" et que les boliviens considèrent comme une autoroute. Il s'agit d'une route asphaltée (la plupart du temps) à deux voies, une dans chaque sens, et empruntée par force camions. Ce qu'il faut bien avoir en tête, c'est que le camion bolivien peut être de deux types : Surchargé et roulant à 15-20 km/h (sans exagération) dans les montées et les descentesm freins obligent, ou à vide et roulant à tombeau ouvert en toutes circonstances.

De notre côté, nous roulons toujours dans le bon vieux Land Cruiser dont je vous ai déjà parlé. Là où les choses se corsent et où la tension monte, c'est lorsque je me rends compte qu'en plus d'être bolivien (comprenez, rouler n'importe comment), Benito, notre chauffeur, n'y voit goutte dès qu'une quelconque lumière vient en face. Lorsqu'un véhicule se présente (et il y en a pas mal...), nous ralentissons donc jusqu'à 20-30 km/h, car Benito est un mec prudent (et fort sympathique par ailleurs). Si par malheur, quelqu'un se parque en sens inverse sur le côté droit de  la route phares allumés, il faut mon intervention quelque peu paniquée pour indiquer à Benito que s'il "croise" ce gars-là, on est dans le ravin. [Voila la suite...]

À sa décharge, le bolivien manque de respect envers son prochain dans pas mal de domaines. Dans l'obscurité totale, tout le monde se croise pleins phares, avec juste quelques appels pour faire comme si, mais qui finissent toujours sur la position "va te faire foutre connard, je rajoute les antibrouillards !". À défaut de morale, la politesse en tient lieu, disait Compte-Sponville (ça le fait hein de lire les philosophes...), et sans aller jusqu'ajuger de la morale bolivienne, je vous dirai que j'espère qu'elle est forte et puissante, parce que de politesse et de respect, il n'est ici pas question. Le bolivien klaxonne, jette ses détritus par la fenêtre ou dans les fleuves, ne connaìt pas les feux de croisement et vous inflige le son sursaturé de la musique de son GSM dans l'espace confiné d'un taxi. Et quand ils sont trois à le faire simultanément, comme ce fut le cas dans le "trufi" du retour, je peux vous dire qu'on meur d'envie de leur offrir des écouteurs (oui, je reste un grand pacifiste dans l'âme...).

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Si la politesse est la morale du pauvre, alors je pense que les boliviens vivent largement au dessus de leurs moyens. À leur décharge encore, il faut ajouter qu'ils vivent dans un pays d'une dureté difficile à imaginer pour le belge bon teint (quoiqu'un peu cramé) que je suis. Pour résumer, et cette opinion pourrait bien changer avec ma découverte un peu plus étendue du pays, soit on est à 4000, il fait sec comme dans un troquet suédois et on se les gèle comme en dehors dudit troquet, soit on est à 2500m avec tous ceux qui ne sont pas complètement masos (la zone est donc bien bien peuplée...), soit on est à 300m, dans un climat à faire défaillir un sidérurgiste liégeois.

À part ça, on s'est donc rendu dans le chaparé, en visites aux communautés du fleuve et je n'ai pas grand chose à vous conter que la torpeur moite des tropiques, la beauté sauvage de ces contrées et l'isolement des communautés de Tres Islas et de La Soltera (qui ne sont pourtant pas les plus isolées, loin s'en faut). Ici, on vit au bord du fleuve, sous un soleil de plomb, dans des huttes aux toits de... Euh, aucune idée... feuilles de bananiers ?, on rêve de réseau gsm, d'électricité, de télés et on entrepose le produit de sa pêche dans des frigos Coca-Cola.

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Je vous dirais bien que c'est magnifique (et ça l'est), mais je suis convaincu que c'est aussi magnifique que l'étaient nos forêts ardennaises envahies par la neige et peuplées de loups au 17ième siècle. Pour faire un peu de tourisme, c'est bien, mais pour y vivre et s'y développer, mieux vaut en abattre une bonne partie et construire des routes. Si on veut de la forêt dans le monde, je pense qu'il vaut mieux commencer à raser quelques maisons et à fermer quelques routes par chez nous, et ne pas trop regarder ce que les autres font de leurs bosquets.

C'est vrai quoi, quand on vit dans une case, sans eau courante (sinon celle du rio), sans électricité, sans sanitares et avec des rêves de civilisation plein la tête, la forêt, qu'est-ce qu'on en a à foutre ? Pour nous, qui avons déjà détruit toutes nos forêts anciennes, c'est certes important (puit de carbonne, réserve de biodiversité, équilibre climatique,... tout ça), mais il me semble raisonnable de se demander pourquoi nous avons fait place nette par chez nous... Pour pouvoir vivre et cultiver tranquilos pardi !

Ce que je pense, certes sous l'influence de quelques Cuba Libre pris en compagnie d'Enric (mais maintenant que je recopie l'article, tout à fait sobre, ça ne change pas grand chose), c'est que l'humanité va devoir (à terme) se passer de grandes forêts, parce que là où on veut pouvoir vivre, il faut bien se créer de l'espace et ne comptez pas sur les boliviens pour l'économiser en construisant des buildings de 30 étages qui coûtent un pont... Ils ont beaucoup plus besoin de ponts pour se relier entre eux. L'éducation des populations et la sensiblisation feront peut-être des miracles, mais j'avoue que j'en doute.

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Là dessus, je salue bien bas ceux qui me lisent malgré mes articles très (trop ?) longs, mais s'ils sont arrivés jusqu'ici, c'est que ce n'était pas si horrible que ça. En conclusion, je dirais que l'herbe n'est pas toujours plus verte chez le voisin et que mon amoureuse me manque, alors qu'elle n'a rien (mais alors rien du tout) à envier à la voisine !


novembre 28, 2011

Sous les tropiques du Chaparé

Ça fait un petit bout de temps que je n'avais plus rien écrit, et je m'en excuse auprès des plus assidus, mais c'est qu'entre mes petites excursions et la chaleur de la nuit cochabambine, il devient difficile de trouver du temps et de l'énergie pour aller se planter devant un ordinateur pendant des heures (vitesse de connexion oblige) en subissant la musique atroce d'un vieux cyber-café sans le moindre ventilateur, cloué sur une chaise en plastique qui fait transpirer du cul...

Jeudi et vendredi, je suis donc allé voir un peu ce qui se passait dans la "selva", ou plutôt dans les communautés rurales vivant aux alentours de Villa Tunari et de Chimoré. En partant de Cochabamba, on commence par monter vers 3000m, puis c'est une interminable descente vers la chaleur étouffante du tropique de Cochabamba, comme ils l'appellent ici. En l'espace de quelques kilomètres, la végétation change du tout et on passe de sympathique combes de moyenne montagne à une jungle encore montagneuse, puis à la plaine, comme une immense serre... Vous l'aurez compris au ton de ces premières phrases : J'ai quelque peu souffert dans la province du Chaparé. C'est que je suis plutôt un gars du nord, et les grosses chaleurs ne sont pas trop ma tasse de thé. Du coup, cette première journée entamée sous le coup de 3h50 (départ à 4h30, ouch) a été aussi intéressante qu'éreintante.

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Sur la route, entre Cochabamba et Villa Tunari

On part avec deux objectifs principaux : Tout d'abord faire le tour des communautés et des écoles ayant participé à ce projet d'urgence depuis bientôt 3 mois pour faire une évaluation des résultats obtenus en matière d'usage réel des filtres distribués et d'habitudes d'hygiène, surtout en ce qui concerne le lavage des mains. Le deuxième objectif est de réaliser un petit documentaire de 15-20 minutes sur ce projet, à présenter aux bailleurs de fonds, présents et futur. On embarque donc (en plus de ma petite personne...) un caméraman qui s'appelle Marco et qui est avant tout un grans spécialiste des blagues à 2 balles ! L'équipe se compose donc de Benito (le chauffeur multifonction), Martha (la coordinatrice du projet), Erico (le responsable de l'évaluation systématique des résultats), Marco et moi. Sur place, on rejoint José-Luis, le promoteur du projet qui travaille sur place. À 5, puis à 6 dans la petite jeep de la fondation sous la chaleur des tropique, ça s'annonce... comment dirais-je ? Humide.

Autant le dire d'entrée de jeu, ce projet paraît être une réussite assez impressionnante. Dans toutes les maisons et écoles que nous visitons, les filtres sont remplis et manifestement utilisés... Alors que la coutume était de boire directement l'eau des puits, celle du réseau de distribution où il est disponible, voire carrément celle du "rio" en l'absence des 2 systèmes précédents. Le filtre en question consiste en deux seaux transparents superposés, connectés par deux filtres céramiques au charbon actif. On verse de l'eau jaunâtre (et il faut voir la couleur de l'eau ce certains y versent...), dans le seau du haut, et on ouvre le robinet du bas pour boire de l'eau pure. Les habitudes des habitants ont apparemment la vie dure, et la tentative précédente (utilisation de la méthode de désinfection au soleil) s'était révélée un échec, dû d'une part à l'organisation que ça suppose (il faut mettre l'eau au soleil pendant 6h avant de pouvoir la consommer, et donc s'y prendre bien à l'avance) et d'autre part à la météo relativement incertaine du coin. Il y fait toujours super chaud, mais les précipitations étant celles d'une forêt tropicale, il fait assez souvent nuageux.

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 Petite vue de la Selva...

Lors de mes deux visites précédentes à Sacabamba et à San Pedro de Buenavista, j'avais certes eu l'occasion de rencontrer des habitants et quelques membres des autorités locales, mais je n'avais pas pu voir de mes yeux les maisons dans lesquels ils vivent. Ici, nous sommes allés à la rencontre des familles, sur leur lieu de vie, pour constater l'amélioration au non des conditions d'hygiène. De mes yeux d'européen, avec encore quelques mottes de beurre collées à l'arrière-train, j'hallucine complètement. En réalité, c'est un peu comme s'ils faisaient du camping "permanent". Rares sont les maisons qui disposent d'une chape en béton et en ciment, l'immense majorité des rez-de-chaussée sont un simple carré de terre battue, se transformant en boue lors des pluies abondantes. On nous assied en général sur les 2-3 chaises de la maison, puis comme on peu sur des cageots et autres bancs de fortune. Les becs de gaz qui servent à la cuisine du foyer sont à même le sol et je me demande toujours oú ils mangent. Pas la moindre table en vue... Probablement montent-t-ils à l'étage (pas qu'il y ait une table, mais au moins, ils peuvent s'asseoir sur le plancher, et non à même la terre.

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Une maison typique et son habitante... 

Ici aussi donc, la pauvreté est assez criante, et ici aussi, on a l'impression qu'une certaine torpeur, ou en tous cas un évident manque de sens pratique, du moins d'un point de vue européen. C'est que dans le coin, ce n'est vraiment pas (mais alors vraiment pas du tout) le bois qui manque, et je ne peux donc m'empêcher de me demander pourquoi diable ils ne construisent pas un minimum de mobilier, même rudimentaire. Nos visites ont lieu sans horaire précis, en pleine journée du jeudi, et dans l'immense majorité des maisons, au moins l'un des adultes est présent. Ce n'est donc pas qu'ils sont complètement débordés et qu'ils n'ont pas le temps de bricoler. En en discutant avec Enric, il me dit que c'est culturel, qu'ils vivent très bien sans tables et sans chaises, et que d'ailleurs, les positions "occidentales" sont en général bien moins saines pour le dos que celles d'autres peuples. Et de me citer le cas des indiens, presque toujours assis sur leurs talons, et qui s'en portent très bien. Soit... Mais que ce soient les arabes, les japonais ou, dans une moindre mesure, les indiens, tous ont des tapis, des nattes, du mobilier adapté, et parfois somptueux. C'est peut-être le cas, mais j'ai du mal à croire qu'on puisse aimer cuisiner assis, à genoux ou dans quelque position que ce soit, dans la berdouille et sans la moindre surface à proximité pour poser les aliments.

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En plus, ça doit être vachement pénible pour les lessives...

Et à propos de culture, j'en viens à l'autre moment clé de cette visite : L'entrevue avec le conseiller communale en charge du développement (enfin, je ne sais plus exactement quel était le nom de sa fonction, mais en tous cas il était chargé de ce type de projets). Au cours de cet entretien, Erico lui demande comment il pense que Sodis pourrait améliorer sa façon de travailler, et quelles sont les difficultés qui ont été rencontrées. Sa remarque principale est au sujet de l'échelle du projet, qui devrait inclure beaucoup plus de familles et de communautés, vu le succès dans les communautés "pilotes". Mais à aucun moment, il ne parle d'essayer de trouver des filtres, de les importer, de chercher une société qui vende ce type de produits,... rien. Manifestement, ici, on attend que l'aide vienne de l'extérieur. Dans les écoles construites par l'UNICEF, l'eau est amenée d'un réservoir construit par USAID, avant de passer dans un filtre donné par Sodis, et les petits écoliers amènent leurs cahiers dans de jolis petits cartables arborant le drapeau de l'union européenne, qu'arbore d'ailleurs également la trousse de premiers secours. Comme José-Luis me l'explique, la région du Chaparé est très soutenue politiquement par le pouvoir en place, et l'ex bras droit d'Evo Morales est en poste ici. Du coup, les ONG's se battent littéralement pour montrer leur travail dans cette région. Vu l'afflux, les autorités locales peuvent carrément se permettre d'exiger cadeaux et autres avantages pour la commune en échange de leur appui au projet en question. Alors qu'à San Pedro de Buenavista, les autorités pleurent pour qu'on s'intéresse au sort du Municipio (seul l'UNICEF y travaille actuellement), le Chaparé croule sous les propositions ou à peu près.

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On se lave même les mains à l'école maintenant...

Sommes-nous (enfin, les ONG's en général) en train d'en faire un peuple d'assistés ? C'est l'impression quelque peu diffuse et dérangeante que me laisse cette visite au Chaparé. Mais d'un autre côté, peut-on considérer que ce soit une mauvaise chose que d'apporter une source d'eau saine à des familles élevant des enfants de moins de 5 ans, et qui témoignent de l'amélioration de l'état des gosses, qui ont cessé de souffrir de diarrhées chroniques ? Je ne le pense pas, mais je ne suis pas tout à fait convaincu non plus par l'action en cours, même si elle semble porter ses fruits, du moins à court terme.

Fort heureusement pour ma santé mentale, je ne me pose pas toutes ces questions en permanence, et on a aussi profité de ce voyage pour se gaver comme des pourchats de fruits exotiques directement sur les arbres. J'ai cueilli ma première mangue, vu mon premier bananier portant ses fruits, goûté mon premier Achachairu (un petit truc à la peau jaune vif, qu'on épluche comme un litchi, et qui a un peu la même consistance, tout en étant trois fois meilleur), mon premier "Lima", des oranges cueillies direct sur l'arbre,... On en a même profité sur la route du retour pour exagérer bien comme il faut, et acheter genre 30kg de mini-bananes ultra-bonnes... J'en ai pas gardé beaucoup, heureusement, parce que ça se garde pas indéfiniment. Mais rien que pour la photo (et même si j'y ai un look d'affreux yankee à 2 balles), je suis content d'avoir dépensé les 20 bolivianos (genre 2€) que coutaient ces 15 kg de bananes... :)

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J'ai pas une belle gueule d'américain moyen ? À ma décharge, le soleil tapait dur...

La prochaine étape n'est pas encore très claire... nous devions repartir demain mardi dans le Chaparé pour aller à la rencontre des communautés (indigènes cette fois) en remontant en bateau le fleuve Chimoré, mais le transport pose apparemment problème, et je n'ai pas pu avoir confirmation par Martha de la date exacte du départ. D'un côté, je n'ai vraiment pas envie de louper cette occasion incroyable d'aller à la rencontre de telles populations en dehors de tout "statut de touriste" et avec des locaux, de voir "la jungle, la vraie" et tout et tout, mais d'un autre côté, je n'ai pas spécialement envie de rester 1 semaine de plus à Cochabamba, même si l'accueil d'Enric, chez qui je loge pour l'instant, est vraiment super et que le climat y est particulièrement agréable. Les nouvelles devraient arriver ce soir... J'espère que ce sera effectivement le cas. Sinon, je reviendrai demain pour vous conter les concerts à la Muela del Diablo et les nuits sur la terrasse du "Hooligan's", en grande partie responsables de mon manque d'énergie pour écrire hier et avant-hier...

Je vous laisse, il est grand temps que j'aille récupérer mes fringues au lavoir... libres des charmantes odeurs ramenées des tropiques ! Les photos devraient arriver d'ici très peu de temps... (C'est fait...)

 

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Daniel, un petit gars super attachant...

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Ombres et lumières nous accompagnent en remontant vers la fraìcheur

novembre 18, 2011

À la Féria de Sacabamba avec Sodis...


cochabamba,sacabamba,bolivia,feria,sodisHier soir, alors que je faisais des aller-retour entre mon lit et la salle de bains, s'est offerte a moi une vérité d'ordre cosmique : "rien ne sort du néant que petits prouts sans gravité". Fort de cette certitude, La voie royale vers une belle journée était toute tracée ! À 6h00 p... (bon, ça va, j'arrète) je sautais donc, ajun, dans ma douche avant de me diriger vers l'endroit de la ville oú l'on m'avait indiqué que partaient les "trufis" pour Cliza. Ni une ni deux, nous voici partis à 6 dans une Corolla Sedan - chauffeur compris, tout de même - pour une grosse demi-heure de quasi-autoroute. Après une attente de 4 minutes montre en main, j'étais installé dans gros bus peinturluré (un peu dans le style de celui que je vous ai montré l'autre jour). Là, j'ai eu droit à une petite heure de vrai, de pur, et d'abominable trajet "roots" bolivien. Une heure de tape-cul sur une route d'abord empierrée et pleine de vicieux caniveaux d'irrigation, puis de pavés disjoints agrémentés de sympathiques nids de lamas. Qu'importe, la journée s'annonçait splendide et intéressante.

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Sacabamba, c'est une petite bourgade d'environ 6000 âmes, perchée à 3050m d'altitude dans ce qu'on appelle le "Valle Alto" C'est une zone de grosses collines assez arides et relativement peu peuplées. Encore une fois, je dirais que c'est plus impressionnant par l'étendue que véritablement beau. Tout ça est vraiment fort sec, et puis il ne faut pas oublier que l'altitude ne tape pas que sur les abrutis qui pensent pouvoir passer de 0 à 3000 sans coup férir, mais aussi sur la végétation. Disons que ça manque un peu d'arbres à mon goût. Ceci dit, Il y avait de magnifique ciels à contempler, entre ombre et lumière, et rien que pour ça, je suis content d'y avoir éte. Question village, je prendrai un air très docte et vous dirai "c'est du typique bolivien". Comprenez : ça ressemble très fort au peu que j'ai vu jusqu'ici. De petites maisons de brique de plein pied construites dans la poussière et connectées par des chemins de terre. Bon, soit. C'est pas comme si j'étais venu admirer les merveilles architecturales du lieu.

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Ce qui m'amène ici, c'est la une sorte de méga Fancy-Fair, ou quelque chose dans ce genre-là. Lors de la "Feria Educativa", toutes les "unités éducatives se réunissent, présentent leurs projet de l'année, des maquettes, des affiches,... etc sur un thème particulier. Cette année : Le changement climatique (tiens tiens...). Tout cela est soutenu par diverses ONG's (qui ont l'air très présentes sur place) et débouche, en fin de journée, sur une grande remise des prix pour de nombreuses catégories comme "nettoyage de la maison", "Assainissement de l'eau". Dans le cadre de cette grand-messe éducative, la fondation Sodis, qui a un ""bureau"" à Sacabamba (je mets de gros guillemets car il s'agit de la petite chambre de Wilson, envahie d'affiches, de filtres de bouteilles et agrémentée d'un petit ordinateur), tient un stand d'information. C'est donc là que je passerai le plus clair de mon temps entre les groupes d'enfants venus gagner quelques menus cadeaux et les plus âgès, venus se renseigner sur le prix des filtres. Arrivé vers 9h, c'est directement parti pour le transbahutage de tout le matériel nécéssaire et le montage du stand juste à côté de l'église.

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La fondation n'est pas seule sur ce stand, mais malgré mes demandes répétées et mon écoute attentive des réponses, je n'ai toujours pas très bien compris qui fait quoi entre Sodis, l'ADRA, la "Mancomunidad de municipios de la cuenca del Caine" En tous cas, sur notre stand, on promeut majoritairement l'utilisation d'une eau propre dans la vie de tous les jours. Après le montage du stand, je discute avec les uns et les autres, puis au coin du stand, je trouve une petite fille toute mignonne, qui accepte que je la prenne en photo. L'occasion de tester mon imprimante qui, comme prévu, fait très forte... impression. J'avais pourtant fait ça dans un coin relativement discret du stand, mais en moins de temps qu'il faut pour le dire, j'avais autour de moi une grappe d'enfants en attente de se faire tirer le portrait. Évidemment, vu l'autonomie très limitée de l'engin, pas question d'ouvrir un stand, mais ça attire les gosses au stand, et ça c'est bien.

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Je deviens alors un peu plus "photographe officiel", et gagne l'insigne honneur de faire une affreuse photo de l'équipe en compagnie du maire. Il faut dire qu'un soleil pratiquement au zénith ne fait rien pour la qualité des portraits. Dans le stand proprement dit, on apprend comment faire un lave-main avec une boutieille de coca renversée, quels sont les moments clés auxquels ils faut se laver les mains, comment construire une toilette hygiénique et l'on montre le fonctionnement des filtres céramiques. Vers 15h30, il est temps de vite trouver un trufi vers Cliza, sous peine de me retrouver bloqué à Sacabamba. Et comme je n'y ai aucun endroit prévu pour dormir, ça la foutrait un peu mal. Je prends donc congé de mes hôtes du jour en les remerciant, demande pardon à mon arrière-train et lève les voiles.

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Ça, c'était pour le factuel... 

À Sacabamba, Sodis réalise vraiment un travail d'éducation à long terme. On met donc le paquet avant tout sur les enfants en leur répétant encore et encore les bonnes pratiques à observer. En posant des questions sur le réseau de distribution, Wilson m'explique qu'il y a un ou plusieurs points de captation, un réservoir et un réseau de distribution dans les maisons (ou juste en dehors), mais que rien de toute cela n'est protégé, et qu'aucun traitement de l'eau n'est réalisé en amont. Et ce pour la bonne et simple raison que la techologie nécessaire au traitement automatique n'est pas présente, et qu'il n'y a en général dans les communautés personne d'assez qualifié pour s'occuper du dosage et de la vérification des équipements pour tout le village. L'eau arrive donc en direct des points de captage, qui sont en plus souvent situés plus bas que les villages, ce qui augmente bien évidemment les facteurs de pollution.

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Il n'y a là bas aucun système d'égoutage, et tout est donc rejeté de-ci de-là. Pas franchement l'idéal en matière de santé publique. Le "choc des niveaux de vie", je l'ai cherché, je l'ai trouvé, et j'avoue être encore un peu mal à l'aise. Il est plus facile de faire le touriste et de fermer les yeux sur les conditions de vie des locaux en se focalisant sur la beauté des nuages et le caractère pitoresque des madames en chapeau, mais quand on les ouvre, on a parfois assez vite envie de les refermer, tant tout en nous crie "moi ça va bien, et vous ?". Mais bon, d'une autre côtém je pense avoir eu l'occasion de leur expliquer aujourd'hui le fond de ma démarche, qui est aussi de faire connaître autour de moi la situation qui est la leur et, indirectement peut-être leur venir en aide. Personnnellement en tous cas, je pense qu'un ordre permanent va très vite venir se rajouter à mon compte en banque...

novembre 15, 2011

Coups de soleil à Cochabamba

cochabambaJ'avais donc rendez-vous à 10h à la fondation Sodis, mais Enric, mon contact sur place, m'ayant envoyé un sms à 8h30 pour me dire que tout le quartier était sans électricité, je décide de remettre ma visite au début d'après-midi. Quoiqu'il advienne, j'irai, parce que j'avoue qu'il me tarde de les rencontrer. Passé le premier "choc", Cochabamba reste une grande ville, et ceux qui me connaissent savent que ce n'est pas trop mon truc. Heureusement, on s'y sent assez à l'aise. Il y a très peu de touristes, mais on n'y est jamais accosté, à moins de passer tout près d'un étal.

Ce qui frappe vraiment dans cette ville, c'est le caractère vivant des rues. En Europe, AFSCA, IPP, TVA et autres acronymes barbares ont pratiquement réussi à exterminer totalement le commerce de rue. Il reste bien quelques friteries et autres marchés organisés, mais rien de plus. Ici, avec tous les inconvénients et tous les dangers que cela suppose, on mange dans la rue, on achète dans la rue et, finalement, on VIT dans la rue.

J'ai l'impression que c'est un peu comme si tous les rayons de nos supermarchés avaient été déversés sur les trottoirs. Si bien que jusqu'ici, je ne pense pas être déjà passé devant un réel "magasin d'alimentation" proposant toute une variété de produits. Peut-ètre manger en rue est-il si normal et si bon marché que les gens ne ressentent pas le besoin comme chez nous de faire un maximum de provisions pour ne plus avoir à sortir de chez eux.

Il est sans doute un peu naïf de regretter ce vide dans nos rues, car les conditions de vie et de travail de ces commerçants ne me paraissent pas franchement enviables, et l'impossibilité ou la grande difficulté pour l'état de collecter l'impôt sur cet immense pan de l'économie engendre évidemment un gros manque à gagner, susceptible d'affaiblir considérablement l'état. Mais reste que cette convivialité et cette ville animée sans être oppressante rendent nos rues vraiment très tristes en comparaison.

 

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J'avais pas de vendeur de rue en stock, alors je vous ai mis un bus...

J'écris ces lignes (enfin, l'original en pattes de mouches sur mon calepin) assis sur un banc au sommet de la colline sur laquelle trône le "Cristo de la Concordia", immense statue de Jésus en béton dominant la ville qui l'encercle. C'est un moment de quiétude au grand air, et il me tarde de découvrir la nature bolivienne et ses richesses, loin  des villes.

Là dessus, il est temps pour moi de redescendre, de trouver un taxi pour Tiquipaya et le quartier général de la fondation Sodis. Comme je n'ai pas trouvé le temps de poster la suite avant de l'écrire (vous me suivez ?), la voici. En descendant des jupes de Jésus-Christ (à défaut de sortir de la cuisse de Jupiter... on fait avec ce qu'on a...), je prends un taxi, pensant me rendre dans un autre quartier de la ville... Mais Tiquipaya, c´est en fait un village en dehors. Le trajet me coûtera la somme exorbitante de 3€ (le mec demandait 25 Bolivianos, mais comme on a pas mal tournicoté pour trouver, je lui en ai donné 30 sans sourciller... trop content d'être arrivé à bon port).

 

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Il a pas l'air tout auréolé du souffle divin ce tas de béton ?

Je suis tellement bien arrivé que je suis une heure trop tôt, et qu'ils sont partis manger. C'est alors l'occasion de faire connaissance avec mon premier chien bolivien, super sympa comme... pas promis ! Il vient déposer une pierre à mes pieds avec la manifeste envie de jouer. C'est une affreuse bestiole avec une tronche de monstre des abysses, mais au moins il est gentil. J'apprendrai un peu plus tard qu'il s'appelle Apollo et que de toutes façons derrières ses babines pendoullantes ne se cachent plus que deux ou trois dents. Heureusement d'ailleurs, car un peu plus tard encore, il s'en prendra (gentiment) à mon mollet en pleine discussion avec Enric, peu content de me voir négliger mon devoir de lui jeter la pierre. Le reste, ce sera pour un peu plus tard... mais ce ne sont que de bonnes nouvelles !

 

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Appolo l'affreux !

septembre 29, 2011

Goûter une petite tranche de monde

BolivieÇa fait dix ans que je rêve d’ouvrir ce blog. Dix ans que je rêve de quitter pour un temps l’Europe, sa vie trépidante, sa technologie omniprésente, son matérialisme ravageur et son confort anesthésiant. Dix ans que j’oscille entre le manque d’argent (avant de trouver un job), le manque de temps (une fois le job trouvé) et l’absence de complice d’aventure pour repousser toujours ce « grand break ». Je suis né le cul dans le beurre, avec une jolie bordure de nouilles et une petite cuillère en argent pour me délecter du luxe ordinaire d’une classe moyenne belge qui n’en a que le nom. J’ai vu la France, la Suisse, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, l’Autriche, la Roumanie, la Croatie, la Slovénie, la Grèce, l’Angleterre et même le Luxembourg. J’ai un chat, une télé à écran plat, un iPad et une Playstation, je mange un peu bio, je trie mes déchets et je prends le tram de temps en temps. Je paie mes impôts, je vomis sur notre absurde conflit communautaire et je lis du Jean Ziegler pour tout de même me sentir un peu moins bien… "Putain, putain, c’est vachement bien, je suis quand même juste un européen" résonne comme un refrain très adapté.

Empli de valeurs humanistes, d’une bonne couche de morale judéo-chrétienne, d’un brin de cynisme et de beaucoup d’auto-dérision, je vais donc aller voir le vaste monde (enfin… on va commencer par la Bolivie, le Brésil et le Pérou, puis on rajoutera éventuellement un zeste d’Argentine…), parce que j’ai appris quelque part que ce sont ceux qui en parlent le plus qui en voient le moins.

J’espère que ces deux premiers paragraphes résument en quelques traits les interrogations qui m’assaillent, pris que je suis entre un système dont je fais partie intégrante mais que je méprise tout tentant d’en sucer avec bonheur la substantifique moëlle et la conviction intime que je suis assis sur une montagne d’or, bedaine à l’air et cocktail à la main, en train de regarder l’horizon pour tenter de  survoler la foule innombrable de ceux qui luttent, qui galèrent et qui crèvent.

Mon Europe brade ses excédents alimentaires en cassant les économies du sud, mon Europe dirige le FMI qui écrase des peuples entiers sous le joug de la dette, mais mon Europe pose une vision humaniste et pleine d’amour sur ce monde qu’elle est en train de broyer. On est pas les seuls, on est (sans doute) pas les pires, mais on est quand même une sacrée tripotée d’enfoirés. Et c'est pas "Eux", c'est "Nous".

Ce blog se veut un croisement un peu mutant entre une pensine (que ceux qui ne savent pas ce que c’est aillent faire un tour ici sur Wikipedia…), une boîte à outil et un album photo. J’essaierai de garder l'équilibre autant que faire se peut, mais il est possible que ça bascule plus dans une direction que dans l'autre. L'avenir nous le dira !

Si j’étais un « vrai », un authentique baroudeur sans peur et sans reproche, je serais parti avec un pull, deux calebars de rechange et un canif. J’aurais rejoint mes potes alter-mondialiste et on aurait été boire du maté sur une plage en Argentine. Sauf que moi, je ne suis ni un combattant assoiffé de justice sociale, ni un écologiste forcené et que je n’ai pas la moindre attirance pour le statut de martyr. Mourir pour des idées, d'acord, mais de mort lente... comme dirait l'autre. Je suis juste un employé ordinaire, avec une chouette vie ordinaire et une super amoureuse. Et pourtant, je ne peux pas me départir de cette conviction que le monde des hommes tourne complètement carré. Faire en sorte qu’il tourne un peu plus rond sera peut-être une prochaine étape…

Mais on ne se débarrasse pas comme ça de cette épaisse gangue de confort technologique qui nous recouvre, nous enserre et nous réchauffe. Le fait est que j’adore faire des photos, et qu’il faudra donc que je me trimballe tout mon matos, parce que j’ai également l’intention de ramener (et d’offrir aux locaux, j’y reviendrai) de belles images, souvenirs et hommage aux hommes et à la nature que ma route croisera. Il ne faudra donc pas que je compte sur mon look, mais bien sur mon attitude et sur ma sincérité pour me démarquer du commun des touristes et avoir la chance de rentrer dans un autre quotidien, sur une autre planète.

Je vous invite à venir avec moi, à partager ma préparation, à suivre (et accompagner, voire précéder) ma réflexion et à profiter des somptueuses images qui ne manqueront pas de passer devant mon objectif.

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