octobre 04, 2011

Prendre (pas trop) et donner (un peu)

polaroid,pogo,imprimante,voyageLe droit et la courtoisie, c'est un peu le sujet tabou dans la photo... Beaucoup ont l'air de trouver ça plus ou moins normal d'aller prendre plein de photos de plein de gens et de les ramener comme autant de "souvenirs". Moi, j'ai beaucoup de mal à m'imaginer aller me planter devant un petit vieux assis peinard sur son banc pour le mitrailler avec mon gros réflex ultra-sophistiqué, pour ensuite tourner les talons et emporter son image au loin. Si un japonais (au hasard...) me faisait ça dans le tram, je n'apprécierais pas particulièrement. C'est là que Vanessa, partie cet été dans les mêmes contrées lâche la bonne idée : emporter une imprimante avec soi, et pouvoir donner en même temps que l'on reçoit.

Là, tout de suite, je m'imagine beaucoup mieux engager une petite conversation avec ledit petit vieux et lui proposer de lui tirer le portrait. En échange... eh ben je lui donne la photo ! Dans nos contrées saturées d'images en tous genre, la valeur d'un cliché (on est d'accord, j'ai pas - encore - gagné le Pullitzer...) est devenue quasi nulle. Presque tout le monde a un appareil photo sur son téléphone, on partage des albums Picasa, facebook, Flickr et on imprime des brouettes de photos à des prix complètement dérisoires. Mais dans les campagnes Boliviennes, une petite photo, c'est un beau cadeau, un chouette souvenir et un truc à raconter à ses potes.

Aussitôt dit, aussitôt fait, j'ai commandé la semaine passée une "Polaroid Pogo Instant Mobile Printer". On est d'accord, je vais encore plus avoir l'air d'un homme bionique bardé de technologie, mais ce coup-ci, c'est (vraiment) pour la bonne cause.

Concrètement, le "Pogo", c'est une boîte de 7cm sur 12 pour 2,5cm d'épaisseur et 230g (évidemment, ils n'ont pas pu s'empêcher de l'accompagner d'un chargeur de batterie littéralement immense et pesant la bagatelle de 198g... l'esprit du voyage...). Bon, c'est 430g de plus dans le sac, mais cette petite merveille imprime de petites photos toutes mignonnes et autocollantes au format carte de visite. Tout ça coûte 50€ chez Pixmania,... un bon deal pour pouvoir rendre un peu de ce que l'on emporte de ces pays que l'on "visite" avec nos gros sabots. Merci, petits travailleurs chinois payés à coup de crosse de m'avoir gentiment construit cette super machine pour un prix dérisoire avec plein de ressources naturelles taxées aux africains !

-_-

Qu'est-ce que je racontais dejà à propos de ce système et sa substantifique moëlle ? Mon dieu, je suis accro !

septembre 29, 2011

Goûter une petite tranche de monde

BolivieÇa fait dix ans que je rêve d’ouvrir ce blog. Dix ans que je rêve de quitter pour un temps l’Europe, sa vie trépidante, sa technologie omniprésente, son matérialisme ravageur et son confort anesthésiant. Dix ans que j’oscille entre le manque d’argent (avant de trouver un job), le manque de temps (une fois le job trouvé) et l’absence de complice d’aventure pour repousser toujours ce « grand break ». Je suis né le cul dans le beurre, avec une jolie bordure de nouilles et une petite cuillère en argent pour me délecter du luxe ordinaire d’une classe moyenne belge qui n’en a que le nom. J’ai vu la France, la Suisse, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, l’Autriche, la Roumanie, la Croatie, la Slovénie, la Grèce, l’Angleterre et même le Luxembourg. J’ai un chat, une télé à écran plat, un iPad et une Playstation, je mange un peu bio, je trie mes déchets et je prends le tram de temps en temps. Je paie mes impôts, je vomis sur notre absurde conflit communautaire et je lis du Jean Ziegler pour tout de même me sentir un peu moins bien… "Putain, putain, c’est vachement bien, je suis quand même juste un européen" résonne comme un refrain très adapté.

Empli de valeurs humanistes, d’une bonne couche de morale judéo-chrétienne, d’un brin de cynisme et de beaucoup d’auto-dérision, je vais donc aller voir le vaste monde (enfin… on va commencer par la Bolivie, le Brésil et le Pérou, puis on rajoutera éventuellement un zeste d’Argentine…), parce que j’ai appris quelque part que ce sont ceux qui en parlent le plus qui en voient le moins.

J’espère que ces deux premiers paragraphes résument en quelques traits les interrogations qui m’assaillent, pris que je suis entre un système dont je fais partie intégrante mais que je méprise tout tentant d’en sucer avec bonheur la substantifique moëlle et la conviction intime que je suis assis sur une montagne d’or, bedaine à l’air et cocktail à la main, en train de regarder l’horizon pour tenter de  survoler la foule innombrable de ceux qui luttent, qui galèrent et qui crèvent.

Mon Europe brade ses excédents alimentaires en cassant les économies du sud, mon Europe dirige le FMI qui écrase des peuples entiers sous le joug de la dette, mais mon Europe pose une vision humaniste et pleine d’amour sur ce monde qu’elle est en train de broyer. On est pas les seuls, on est (sans doute) pas les pires, mais on est quand même une sacrée tripotée d’enfoirés. Et c'est pas "Eux", c'est "Nous".

Ce blog se veut un croisement un peu mutant entre une pensine (que ceux qui ne savent pas ce que c’est aillent faire un tour ici sur Wikipedia…), une boîte à outil et un album photo. J’essaierai de garder l'équilibre autant que faire se peut, mais il est possible que ça bascule plus dans une direction que dans l'autre. L'avenir nous le dira !

Si j’étais un « vrai », un authentique baroudeur sans peur et sans reproche, je serais parti avec un pull, deux calebars de rechange et un canif. J’aurais rejoint mes potes alter-mondialiste et on aurait été boire du maté sur une plage en Argentine. Sauf que moi, je ne suis ni un combattant assoiffé de justice sociale, ni un écologiste forcené et que je n’ai pas la moindre attirance pour le statut de martyr. Mourir pour des idées, d'acord, mais de mort lente... comme dirait l'autre. Je suis juste un employé ordinaire, avec une chouette vie ordinaire et une super amoureuse. Et pourtant, je ne peux pas me départir de cette conviction que le monde des hommes tourne complètement carré. Faire en sorte qu’il tourne un peu plus rond sera peut-être une prochaine étape…

Mais on ne se débarrasse pas comme ça de cette épaisse gangue de confort technologique qui nous recouvre, nous enserre et nous réchauffe. Le fait est que j’adore faire des photos, et qu’il faudra donc que je me trimballe tout mon matos, parce que j’ai également l’intention de ramener (et d’offrir aux locaux, j’y reviendrai) de belles images, souvenirs et hommage aux hommes et à la nature que ma route croisera. Il ne faudra donc pas que je compte sur mon look, mais bien sur mon attitude et sur ma sincérité pour me démarquer du commun des touristes et avoir la chance de rentrer dans un autre quotidien, sur une autre planète.

Je vous invite à venir avec moi, à partager ma préparation, à suivre (et accompagner, voire précéder) ma réflexion et à profiter des somptueuses images qui ne manqueront pas de passer devant mon objectif.

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