octobre 20, 2011

LoveMeatEnder ou l'histoire du vase et de la goutte

J'adore la bidoche. Je raffole des barbecs. Le foie-gras c'est succulent. Et pourtant, sans jamais considérer sérieusement l'hypothèse d'être végétarien, de très nombreux reportages, lectures et autres histoires entendues avaient déjà éveillé en moi ce bon vieux "je devrais", cet apathique "faudrait",... ce fameux petit "yaka".

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Et puis ce soir, j'ai regardé LoveMeatEnder, documentaire de Manu Coeman (il s'en est fallu de peu qu'il naisse avec un k !). Disons-le tout net : ce documentaire excessivement bien construit n'a rien de fondamentalement révolutionnaire et raconte beaucoup de chose que, même si je les avais un peu enterrées, je savais déjà. Mais malgré tout, pour moi que les chiffres ne rebutent pas, l'entrée en matière est un choc. Ca consiste en une petite phrase que je peux vous révéler ici sans ruiner votre plaisir inconfortable s'il vous venait l'idée de le regarder : "Dans ce petit pays qu'est la Belgique, 285 millions d'animaux sont abattus chaque année". O_O

On a beau savoir qu'on est des grands mangeurs de viande, ça fait quand même un choc ! Et quand on se rappelle que la majeure partie de cette viande est élevée au maïs et au soja qui sont importés à 80% des États-Unis et du Brésil, ça remet un peu les pendules à l'heure. Et quand on sait qu'une bonne partie de cette viande est exportée sur les marchés des pays dits "ACP" (Afrique-Caraïbes-Pacifique) en raison de la surproduction européennes, ça fout carrément un choc dans la pendule qu'on se dit qu'elle est pas du tout à l'heure !

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Puis on rajoute par au dessus le fait que le défrichement de la forêt amazonienne (quel terme éculé... ça me rend triste rien que de l'écrire !) se fait au profit de la production de maïs et de soja destinés à l'élevage. Et que l'exportation vers l'Afrique (entre autres) plombe complètement l'élevage local et "normal", anéanti par la concurrence de la bidoche européenne subsidiée par la PAC (Politique Agricole Commune). Puis on se rappelle que ladite PAC a coûté 100€ à chaque européen en 2010 (euuuh, ça fait quand même 50 milliards d'euros hein !), et on se demande vraiment à quoi ça rime.

Et encore, on ne prends pas en compte l'impact écologique en Europe (aah oui, j'me rappelle... le lisier, les algues vertes, les nitrates, tout ça !), ni l'expropriation des petits paysans par les multinationales agro-alimentaires au Brésil. Et dire que j'ai mangé un sandwich à l'américain pas plus tard que ce midi... et bien industriel comme il faut hein !

J'avais déjà lu (oui, il y a un bouquin aussi...) We Feed the World, mais il va de ça comme d'un peu tout dans la vie. Il y a des moments où certaines choses nous touchent et d'autres moins. Et LoveMeatEnder fût comme une grosse goutte tombée dans mon vase déjà bien plein. J'ai éteint la télé, j'ai pris une feuille blanche dans l'imprimante et un bic sur mon bureau, et je suis parti scotcher sur ma porte - à l'intérieur... - cette inscription : "Un peu plus végétarien chaque jour".

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LoveMeatEnder - Documentaire de Manu Coeman, coproduit par la RTBF.

Bande originale de mes pensées : "Dieu", du groupe Java, et particulièrement cette phrase "Mais qu'est-ce que j'fais là ? Affalé, fou, félé un feignant. Y'en a qui rêvent de soirées Ferrero, de Ferrari. Moi j'voudrais finir comme dans la grande bouffe de Marco Ferreri" Eh oui... c'est bête hein ?

octobre 16, 2011

The rules of engagement

J'ai un problème fondamental avec l'engagement social, caritatif, "oëngéique", appelez-le comme vous voulez. Ce problème, c'est que je ne sais pas du tout quoi faire. Je sais écrire un texte, changer un pneu, prendre des photos, courir dix kilomètres, réserver une salle de réunion, programmer un peu en HTML-CSS, m'orienter avec un boussole, parler espagnol, cuisiner un spag-bol, ... mais je ne suis ni écrivain, ni programmeur, ni cuistot et encore moins marathonien. Alors qu'est-ce que je fais ? Je regarde les offres d'emploi dans les ONG, et je vais de "minimum 2 années d’expérience internationale dans un contexte d’urgence" en "ingénieur agronome bénéficiant d’une expérience significative dans la coopération au développement" (source : www.acodev.be), et je me dis que vraiment, c'est pas gagné. Me voila ramené 5 ans en arrière, cherchant avec candeur mon premier emploi.

Faut il être donc un être exceptionnel pour faire avancer le monde dans le bon sens ? Il y a tellement de crétins qui le font avancer dans le mauvais qu'il doit sûrement y avoir moyen de trouver une petite place chez les gentils...

Le problème de la rémunération

Vous l'aurez compris à la lecture des premières notes de ce blog, je ne suis pas du genre à suivre Jésus en laissant toute mes possessions matérielles pour répandre la bonne nouvelle. Enfin,... disons que je reconsidèrerai la question quand l'église aura montré l'exemple, autant dire que je ne prends pas trop de risques. Mais alors comment faire ? Il y a d'un côté l'envie d'avoir un chez soi confortable, d'élever des enfants dans des conditions financières rassurantes, de pouvoir offrir des cadeaux à ses amis,... et d'un autre côté le besoin d'agir pour le bien, de s'élever un peu au dessus de ces contingences matérielles qui nous enchaînent autant qu'elles nous libèrent. L'argent ne fait pas le bonheur, mais tout de même, faut bien bouffer ! Il faudra donc bien que je trouve quelqu'un pour me donner un minimum de sous. En attendant, je travaille tout de même chez les pas trop méchants, et j'y prends même parfois du plaisir... C'est grave docteur ?

Work in progress...

Une petite pensée pour bien dormir...

Il y a une semaine, l'europe entière pleurait la mort de Steve Jobs, mort d'un cancer dans son lit, entouré de sa famille à 9000 km d'ici. Le temps de rédiger quelques centaines d'articles hagiographiques à son égard, on avait jeté quelques bonnes brouettes de somaliens à la fosse commune, morts de faim sur leur paillasse, entourés de ce qu'il restait de leur famille à 7000 km d'ici. Mais bon, c'est vrai qu'aucun d'eux n'avait inventé l'iPod... Du coup, en pathétique victime de l'agenda médiatique, je me suis gavé avec bonheur de rétrospectives sur l'extraordinaire success story de la marque à la pomme, c'est bête hein ?

septembre 29, 2011

Goûter une petite tranche de monde

BolivieÇa fait dix ans que je rêve d’ouvrir ce blog. Dix ans que je rêve de quitter pour un temps l’Europe, sa vie trépidante, sa technologie omniprésente, son matérialisme ravageur et son confort anesthésiant. Dix ans que j’oscille entre le manque d’argent (avant de trouver un job), le manque de temps (une fois le job trouvé) et l’absence de complice d’aventure pour repousser toujours ce « grand break ». Je suis né le cul dans le beurre, avec une jolie bordure de nouilles et une petite cuillère en argent pour me délecter du luxe ordinaire d’une classe moyenne belge qui n’en a que le nom. J’ai vu la France, la Suisse, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, l’Autriche, la Roumanie, la Croatie, la Slovénie, la Grèce, l’Angleterre et même le Luxembourg. J’ai un chat, une télé à écran plat, un iPad et une Playstation, je mange un peu bio, je trie mes déchets et je prends le tram de temps en temps. Je paie mes impôts, je vomis sur notre absurde conflit communautaire et je lis du Jean Ziegler pour tout de même me sentir un peu moins bien… "Putain, putain, c’est vachement bien, je suis quand même juste un européen" résonne comme un refrain très adapté.

Empli de valeurs humanistes, d’une bonne couche de morale judéo-chrétienne, d’un brin de cynisme et de beaucoup d’auto-dérision, je vais donc aller voir le vaste monde (enfin… on va commencer par la Bolivie, le Brésil et le Pérou, puis on rajoutera éventuellement un zeste d’Argentine…), parce que j’ai appris quelque part que ce sont ceux qui en parlent le plus qui en voient le moins.

J’espère que ces deux premiers paragraphes résument en quelques traits les interrogations qui m’assaillent, pris que je suis entre un système dont je fais partie intégrante mais que je méprise tout tentant d’en sucer avec bonheur la substantifique moëlle et la conviction intime que je suis assis sur une montagne d’or, bedaine à l’air et cocktail à la main, en train de regarder l’horizon pour tenter de  survoler la foule innombrable de ceux qui luttent, qui galèrent et qui crèvent.

Mon Europe brade ses excédents alimentaires en cassant les économies du sud, mon Europe dirige le FMI qui écrase des peuples entiers sous le joug de la dette, mais mon Europe pose une vision humaniste et pleine d’amour sur ce monde qu’elle est en train de broyer. On est pas les seuls, on est (sans doute) pas les pires, mais on est quand même une sacrée tripotée d’enfoirés. Et c'est pas "Eux", c'est "Nous".

Ce blog se veut un croisement un peu mutant entre une pensine (que ceux qui ne savent pas ce que c’est aillent faire un tour ici sur Wikipedia…), une boîte à outil et un album photo. J’essaierai de garder l'équilibre autant que faire se peut, mais il est possible que ça bascule plus dans une direction que dans l'autre. L'avenir nous le dira !

Si j’étais un « vrai », un authentique baroudeur sans peur et sans reproche, je serais parti avec un pull, deux calebars de rechange et un canif. J’aurais rejoint mes potes alter-mondialiste et on aurait été boire du maté sur une plage en Argentine. Sauf que moi, je ne suis ni un combattant assoiffé de justice sociale, ni un écologiste forcené et que je n’ai pas la moindre attirance pour le statut de martyr. Mourir pour des idées, d'acord, mais de mort lente... comme dirait l'autre. Je suis juste un employé ordinaire, avec une chouette vie ordinaire et une super amoureuse. Et pourtant, je ne peux pas me départir de cette conviction que le monde des hommes tourne complètement carré. Faire en sorte qu’il tourne un peu plus rond sera peut-être une prochaine étape…

Mais on ne se débarrasse pas comme ça de cette épaisse gangue de confort technologique qui nous recouvre, nous enserre et nous réchauffe. Le fait est que j’adore faire des photos, et qu’il faudra donc que je me trimballe tout mon matos, parce que j’ai également l’intention de ramener (et d’offrir aux locaux, j’y reviendrai) de belles images, souvenirs et hommage aux hommes et à la nature que ma route croisera. Il ne faudra donc pas que je compte sur mon look, mais bien sur mon attitude et sur ma sincérité pour me démarquer du commun des touristes et avoir la chance de rentrer dans un autre quotidien, sur une autre planète.

Je vous invite à venir avec moi, à partager ma préparation, à suivre (et accompagner, voire précéder) ma réflexion et à profiter des somptueuses images qui ne manqueront pas de passer devant mon objectif.

Pour en savoir plus sur l'auteur de ce blog, n'hésitez pas à faire un saut par la page "À propos"