janvier 23, 2012

Le Salar des contrastes

J'aurais bien voulu vous écrire que le Salar d'Uyuni et le Sud-Lipez, c'était absolument génial, une expérience incroyable et tout ça, mais l'honnêteté intellectuelle me force à modérer quelque peu mes propos. On a passé quatre jours le cul dans une jeep à écouter les Backstreet Boys avec un chauffeur crétin et deux françaises trés jeunes qui kiffaient absolument tout. Bon, c'est sûr, les paysages étaient superbes, majestueux, immenses et tout ce qu'on veut, mais on est pas encore trop sûrs de savoir s'ils valaient vraiment l'épreuve de la visite.

Ça commmence à Tupiza, d'où partent beaucoup moins de 4x4 (par rapport aux départs depuis Uyuni même). En arrivant en ville l'après-midi,  on va voir quelques agences, mais toutes pratiquent les mêmes prix pour les mêmes tours, et on finit donc par se décider pour Tupiza Tours, la "grosse" agence, qui nous paraît aussi la plus sérieuse. En partant du principe qu'il y a autant de cons en France qu'en Angleterre, on choisit la jeep avec un "couple" de français. Le lendemain matin, on fait la connaissance d'Euridice et Élise, 20 et 23 ans, volontaires pour une ONG française à Arequipa au Pérou. Bon, ce ne sera pas un couple... perdu.

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El Sillar, où quand l'érosion joue avec les montagnes...

Sur le moment, le courant passe plutôt bien, déjà, l'absence de la barrière de la langue est un plus non négligeable. On part quelques minutes aprés les autres jeeps, et on est pas tous seuls, mais c'est pas la cohue non plus, je suis un peu rassuré. Pas bien longtemps, puisque juste après la première pause, le chauffeur me tape déjà sur le système. Malgré ma première demande, il s'obstine à rouler à 30m de la voiture qui nous précède, dans un nuage de poussière. N'en pouvant plus de ce non-sens, je lui répète que j'aimerais bien qu'il roule un peu plus loin histoire qu'on puisse voir les paysages peinard. Il obtempère alors, mais en mesure de rétorsion, il bloque les commandes des vitres électriques à l'arrière "pour éviter que nous prenions trop de poussière".

O_O MAIS ABRUTI, SI TU COLLAIS PAS AU CUL DE L'AUTRE, ON EN SERAIT PAS LÀ !!! Silence et calme intérieur... je tente de rester diplomate, on en a quand même encore pour plus de trois jours ensemble, faudrait pas que ça tourne au conflit ouvert d'entrée de jeu. De Lao Tseu ou de Sun Tzu je me demande lequel mériterait la lecture la plus urgente...

On s'arrête vers 11h dans une jolie petite prairie à Lamas où on fait la connaissance d'Étienne et Émilie, un couple de français, et de Sam et Alija, des australiens en goguette. Ils ont pris une autre agence, mais on partage la même cuisinière. Allez comprendre. À 11h30, un bon petit repas de sandwiches et crudités est prêt... On ne sait pas encore qu'après ça, nos estomacs vont gargouiller pendant un trèèès long moment.

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Pique-nique en famille...

C'est que la première journée, c'est 10h de bagnole sur des routes défoncées avec genre trois pauses. On était censés faire étape à San Antonio de Lipez, où nous passons vers 16h sous un soleil radieux, mais de sa propre initiative, Béto (le chauffeur à qui il manque juste le "a") décide de nous coller trois heures de plus dans les gencives pour arriver à la tombée de la nuit dans un bled infâme oú on se gèle les burnes en attendant le souper, qui arrivera tranquillement vers 22h. Dire qu'on aurait pu profiter de la fin d'après-midi peinard au bord de la rivière, face à une montagne magnifique. Sauf que Béto, lui, n'en a rien à foutre. Il préfère se lever plus tard le lendemain. On est tous bien usés par la faim et le trajet, et pour Jo à peine acclimatée par le Titicaca, il faut ajouter l'altitude, et ce n'est vraiment pas la grande forme. Quel con ce Béto !

Le lendemain, ça commence déjà beaucoup mieux, on arrive en réalité dans le Sud-Lipez, et il y a beaucoup plus de trucs à voir, ce qui multiplie les pauses. On voit nos premières lagunes, nos premiers flamants roses (pour moi, les plus proches...), il fait magnifique et on se calme un peu dans les chaumières. Ceci étant, on a échangé un peu l'énervement du trajet trop long contre celui de la musique pourrie en permance. Mais à ce moment là du trajet, on est pas encore tout à fait usés, et on supporte sans trop de mal. Il y a même de temps en temps de bons morceaux, à défaut d'avoir un bon son. C'est que l'installation sono de la jeep est, ... comment dire... bolivienne. Aucune basse et des aigus qui crachottent en cas d'exagération sur le volume. Je repense à Matt Chem et à son horreur du MP3, et j'en profite pour lui conseiller de ne jamais mettre un tympan en Bolivie.

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 Quiétude et majesté...

Lagunes, Désert de Dali, Laguna Verde, sources thermales, geysers et pour finir la Laguna Colorada... il faut tout de même bien avouer qu'on en prend véritablement plein la vue. Dans une seule note, c'est pas possible de vous mettre autant de photos que ce qu'on voudrait, mais dès demain, c'est promis, vous aurez droit à une loooongue galerie Flickr, parce que ça en vaut vraiment la peine. À la Laguna Colorada, qui étale ses couleurs rouge brique entre les étendues de sel qui volent sous les rafales, il y a un vent à décorner les boeufs. On s'abrite comme on peut, mais dès qu'on se remet dans le flux, il faut faire quelques pas pour retrouver son équilibre. Pas un coin pour pisser face au vent...

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La Laguna Verde en plein changement de couleur

Le soir, on loge dans le hameau de Hualljara, à quelques kilomètres à peine de la Colorada. Ce coup-ci, on arrive relativement tôt, ce qui nous donne le temps d'aller faire une petite balade ensemble et de se boire une petite bouteille de vin emmenée de Tupiza dans un charmant petit abri de berger. C'est que dans ce genre de voyages organisés, les moments de solitude sont rares, et ne parlons même pas d'intimité. Là, juste avant le coucher du soleil, on s'offre une respiration bienvenue, rien qu'a deux. C'est pas qu'on est des asociaux ou des fusionnels de 15 ans, mais après deux mois de séparation et une petite semaine à nouveau ensemble, cette promiscuité est un peu dure à supporter pour nous.

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Le vent souffle sur la Laguna Colorada

Le soir, on se tape un infâme plat de frites molles arrosées de ketchup et de mayo (pré-arrosé, je veux dire... même pas le choix), et on entrevoit l'insondable hypocrisie de nos jeunes compagnes de routes. Elles trouvent vraiment pas ça bon, mais ne trouvent rien de mieux que d'aller féliciter "mamita" (qu'elles ont surnommée ainsi faute de pouvoir articuler son prénom...) pour ce festin. Pas que je trouve utile de râler et de critiquer à tout vent, surtout quand la cuisine est faite dans des conditions aussi difficiles, mais de là à dire que c'était super bon... En fait, c'est un peu comme ça pour tout avec elles, et à la longue, c'est un peu fatiguant. Encore, si elles adoraient vraiment tout, on se dirait qu'elles ont vraiment un super regard sur la vie et que franchement, on ferait bien d'en prendre de la graine, mais non. C'est juste une bonne grosse couche d'hypocrisie qui, il est vrai, sert admirablement le propos de la lubrification sociale. Elles s'entendent "trop bien" avec Béto, elles kiffent à mort et c'est vraiment trop ouf.

Moi, je suis vieux, râleur, grincheux et pisse-vinaigre, et j'emmerde la jeunesse. :)

Le troisième jour, on visite l'arbre de pierre, encore des lagunes (on commence à avoir compris... d'ailleurs, sur la dernière, tout le monde reste tout près de la jeep, prêts à grimper dedans pour repartir), la Valle de Rocas (un grand champ de pierres aux formes "trop chelou" grigotées par l'érosion), et enfin on arrive à Colchani, sur les rives du Salar. En principe, le programme détaillé par le chauffeur voulait que nous posions nos affaires à Colchani avant d'aller voir le coucher de soleil sur le Salar, puis que le lendemain matin, nous nous levions aux aurores pour aller admirer le lever de soleil, puis prendre le petit déjeûner sur le Salar. Autant dire que tout le monde était d'accord sur le programme.

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 Sous les ailes du condor de pierre

Puis vers la fin de l'étape, Béto nous dit qu'on doit finalement choisir entre le coucher et le lever du soleil. On proteste, on argumente, et il s'enfonce. Évidemment plutôt que de nous donner la raison réelle de ce revirement (on bouge en groupe de jeeps, et c'est crevant pour les chauffeurs, qui doivent encore se retaper les genre 500km pour Tupiza le lendemain... raison complètement valable), il trébuche d'excuse bidon en prétexte foireux. On va arriver tard (14h30... tu parles), on a pas assez d'essence (on a croisé trois pompes et l'autre jeep a même été faire le plein... perdu), c'est pas intéressant (un lever de soleil sur la plus grande étendue de sel au monde... et mon cul, c'est du poulet ?),... Il nous faudra attendre le lendemain matin avant d'en avoir enfin le coeur net. En attendant, on choisit le coucher, qui est paraît-il beaucoup plus impressionnant. Et c'est vrai que pour le coup, on a eu droit à un sacré coucher de soleil, précédé d'un bon moment pour apprécier les lumières sur les rives du salar inondé. On termine par le partage de notre dernière bouteille de vin (on en avait partagé encore deux la veille... ces français... pas prévoyants pour un sou !) assis devant ce spectacle à couper le souffle. Waouh !

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C'est pas du coucher de soleil ça ?

Le lendemain, c'est le Salar "classique", qui commence par la "visite" de l'hotel de sel, mais là, on est pas trop en mode visite. En effet, sur la petite demie-heure de route qui sépare Colchani de l'hôtel de sel, la goutte ultime a fait déborder le vase, la coupe est pleine, n'en jetez plus. La musique dance à deux balles style "Chihuahua" et remixes de la lambada à fond dès 7h30 du matin dans les lumières matinales du Salar, c'est trop pour nous. On a envie de profiter de ces grands espaces dans le silence et la quiétude, et les deux autres greluches derrière en rajoutent... "Ah ouais, c'est trop bien, ça réveille... je kiffe". C'est là qu'on se demande si on est vraiment vieux ou si c'est elles qui sont vraiment connes. En tous cas, on a pas la même idée de la contemplation de la nature et du respect des oreilles des autres. À l'arrêt, je profite d'une remarque de Béto sur un claquement de porte un peu fort (j'y peux rien, je suis tombé dedans quand j'étais petit... ai-je failli lui rétorquer, mais il n'aurait pas compris) pour lui exp(l)oser ses quatre vérités et comment on la gerbe de sa putain de musique de merde et que quand on est 6 dans une bagnole, on peut au moins penser à respecter la volonté des deux du milieu pendant un tiers du temps, et patati et patata. Là, il reste 2h avant la fin du tour, alors l'ambiance de franche camaraderie, c'est fini. On aura plus de musique jusqu'à la fin, mais ça a quand même un peu plombé l'atmosphère. Oups.

Entre temps, on prend les photos de circonstances sur le Salar, distortion de perspectives, délires,... et même si c'est on ne peut plus convenu, c'est quand même très drôle, et l'un dans l'autre, une fois oubliés les avatars du trajet, on en gardera de bons souvenirs, et de très chouettes photos.

 

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De retour à Uyuni sur la fin, on a un bus pour Oruro (puis pour Cochabamba) à 21h, et entre-temps, on décide de se payer une chambre d'hôtel pour profiter enfin d'une douche (oui, j'ai oublié de vous dire que dans le tas des désagréments, il y avait aussi le fait qu'on s'était pas douchés depuis 4 jours...), une bonne sieste, et surtout un moment à deux, sans personne d'autre !

Allez, c'est déjà pas mal pour aujourd'hui, il est temps que rende l'antenne, après avoir rattrappé une bonne partie de mon plantureux retard. Au programme de la suite, la galerie (chose promise chose due), puis les tropiques de Cochabamba et le Parque Ecoturistico Machia !

Et puis pour Julie qui réclamait à cors et à cris une photo de couple, voici qui devrait la contenter pour un moment... ;)

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Waaah, c'qu'on est beaux !

Commentaires

Cath
janvier 24, 2012


vous êtes très beau en effet!
Et tu me fais bien rire (mes collègues aussi...)

Alex...
janvier 24, 2012


Haaaaa... Du grand Stany comme on l'aime...

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