décembre 21, 2011

Into The Wild (Wild West !) - 3

parque,nacional,sajama,boliviaVers midi, un camion passe, et Anthony en profite pour embarquer pour Sajama. Je décide de rester pour ranger mes brols et de profiter encore de la vue. Rendez-vous est pris pour une bouffe le soir, et il me laisse un fond de flotte, ce qui accroît d'un micro-poil mon autonomie...

Étendu dans la pente douce qui méne à la Lagune, la tête posée sur une petite touffe herbeuse, je me repaîs de chaleur et de lumière lorsqu'un mouvement attire mon attention. Un petit troupeau de vigognes vient s'abreuver sous mes yeux. Entre une antilope et un Lama, ça pue la bestiole craintive, et mon zoom me manque. Déjà avec les flamants roses, c'était dur, mais là je maudis une fois de plus le poids de l'engin qui l'a condamné à rester au fond d'un tiroir...

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Vigognes se reflétant dans les eaux de la lagune

Petit à petit, dans le silence absolu des grands espaces, d'autres groupes pointent leur nez. Je prie à présent pour que le véhicule que j'attendais ne vienne pas troubler ce moment.

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En observant bien, on les voit toutes en file indienne... mais leur mimétisme marche pas mal

Pas du tout... Les vigognes parties, je commence à me dire que vu la fréquentation de la route, je ferais tout aussi bien de prendre mes guibolles à deux mains si je ne veux pas finir désseché comme celui-ci...

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Je sais pas si c'était un lama ou une vigogne, mais il n'y avait plus grand chose à manger

La route est longue, monotone et j'ai l'impression de jouer les marchands d'enclumes ambulants avec mon sac. Le vent de face souffle la poussière dans mes yeux mi-clos et la faim me tenaille. Un café et un maté de Coca partagé avec Anthony, ça ne nourrit pas son homme, mais faute d'eau pour faire cuire des pâtes, c'est tout ce que la journée déjà bien avancée a pu m'offrir.

Après 7 ou 8 interminables kilomètres, un minibus passe enfin, et même s'il ne reste que quelques bornes, je grimpe dedans comme un hippopotame dans l'arche. De retour au village, je m'offre une nuit dans un charmant petit bungalow en terre du pays, prends une douche glacée (l'eau chaude, c'est pas tout le temps...) et m'achète une bouteille de Coca qui a la saveur des glaces d'Ailefroide en rentrant d'une longue course en montagne.

À sept heures et demie, je suis dans un resto minable en compagnie d'Anthony, Marie et Jérôme, un autre couple de français croisés quelques heures avant dans les rues désertes de Sajama.

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Coucher de soleil sur les environs de Sajama

Ça cause voyages, Brésil, aventures, galères et bons moments, plaisir du partage et liberté infinie du voyage en solo. Juste avant le repas, je ne résiste pas à une petite photo du couchant sur les volcans, mais en sortant, même la somptueuse voûte céleste qui s'offre en spectacle au dessus du village privé d'électricité ne me décide pas à passer d'autres heures dans le vent glacé. À neuf heures et demie, je suis bien au chaud, toussant sous les couvertures.

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Mon petit bungalow personnel

J'écris ce petit feuilleton sur mon calepin, planté au seuil de mon bungalow, alors qu'aucun nuage ne vient plus entraver la course du soleil. Je profite d'un repos bien mérité et tout n'est qu'invitation à rester ici quelques jours encore avant de m'envoler pour la moiteur brésilienne.

Faute d'activités et d'Internet, je me décide à mettre les voiles le dimanche, pour un voyage qui a battu des records. D'abord, le dimanche, c'est jour de marché à Patacamaya, et la "movilidad" part donc à 4h du mat'. Ouch ! Je rentre à La Paz avec Anthony, mais il a eu le bon sens de venir un peu plus tôt et s'est assuré la place royale devant. C'est à nouveau un Toyota Hiace, et une fois tout le monde à bord, on est tout de même 24 plus le bébé. Heureusement, la route est bonne et trois petites heures aprés le départ, je peux mettre fin au calvaire de mon postérieur crucifié par l'espèce de tabouret en acier qui me sert de siège. Entre temps, j'ai vidé 3/4 de rouleau de PQ pour me moucher, et si on me l'avait dit à chaque éternuement, tous mes souhaits auraient été réalisés largment avant Patacamaya...

À l'arrivée à La Paz, le routard nous renseigne une "auberge de trekkeurs" qui ressemble furieusement à une auberge de jeunesse et dans laquelle j'établis on établit nos quartiers, en compagnie d'une belle troupe de français, israëliens et japonais. Les conversations s'engagent et on reste dans le sympathique petit patio du troisième. Quelques bouteilles de pinard défilent et l'énergie revient quand Marco, Johan et Nico décident de se mettre en route pour le stade, où se joue le match aller de la finale du championnat entre les "Strongest" de La Paz et les "Universitario" de Sucre. Je me joins à eux pour goûter l'ambiance des stades boliviens malgré ma crève.

Comme de bien entendu, l'équipe locale s'impose et la foule est un délire. Heureusement que je n'y connais rien en foot, parce qu'apparemment, c'était plutôt digne de la troisième provinciale que de la dernière ligne droite d'un championnat national. M'en fous, c'était très sympa et je sais enfin ce qu'on ressent sous un de ces énormes drapeaux qui recouvrent les tribunes : moins de pluie !

 

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C'est plein de boliviens là-dessous !

De retour à l'Auberge, on retrouve Alex et Seb qui partent le lendemain pour Sajama, on papote un peu, puis la bande part au resto, et je vais rejoindre les bras de Morphée complétement HS.  À l'heure d'écrire ces lignes, le départ pour le Brésil approche à grand pas (c'est demain mercredi...), et c'est la première partie de mon périple qui s'achève. C'est aussi une page qui se tourne dans la vie du blog. J'espère bien pouvoir proposer quelques belles galeries Flickr dans les prochains jours, mais après ça, plus aucune certitude quant à la régularité des notes.

Je pense malgré tout trouver le temps et les cyber-cafés pour vous conter la suite de mes aventures et rester en contact avec vous, fidèles lecteurs pour qui j'ai le privilège d'écrire !

À bientôt !

décembre 20, 2011

Into The Wild (Wild West !) - 2

En début d'après-midi, j'ai emmagasiné assez de chaleur et d'énergie pour prendre la route de la "Laguna Huañakota" située à un gros 5 km des eaux thermales. Au programme : flamants roses et autre nuit sur l'altiplano. Heureusement, un paysan du coin m'épargne la majeure partie du trajet. Mon sac est lourd et je n'ai pas beaucoup d'énergie. Il faut dire que je suis à moitié malade et que mon régime alimentaire est vraiment restreint au minimum. pâtes infâmes et soupes à grumeaux, ça ne donne pas franchement envie de se goinfrer. Pour couronner le tout, on est quand même à 4300m.

Je redoute déjà la nuit à venir, mais l'endroit vaut le coup d'oeil et, ce coup-ci, je suis vraiment seul. Pas la moindre cahute en rue, juste la "route" à côté sur laquelle passe un véhicule toutes les 3-4h environ. Comme espéré, je me gave des lumières du couchant, dernier coup de boutoir de l'astre solaire sur les masses nuageuses qui reprennent déjà le terrain perdu

parque,nacional,sajama,boliviaOui, ça vaut la peine de ne pas redescendre au village le soir...

Par acquit de conscience, je jette tout de même un coup d'oeil hors de la tente vers 9h et, Ô divine surprise, les nuages s'en sont allés, laissant place à la multitude des étoiles par une nuit sans lune. T-shirt manche longue, softshell, polaire, veste, gants, frontale et le matos, c'est parti pour une longue séance de photographie et d'admiration béate dans un froid piquant

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Celle-ci, je la trouve assez convaincante...

Je m'essaie à la pose très longue, mais le calcul des ouvertures, ISO et temps de pause s'avère complexe... Aprés de multiples essais (entre 10 et 20 minutes par photo... pff) je me décide pour la "big one", 35 minutes de pose pour une pluie d'étoiles sur le Nevado Sajama. Là, ça fait plus de deux heures que je fais le pied de grue derrière mon appareil, et l'attente est une torture. Mais ça vaut le coup, j'ai tout calculé, ça va le faire à mort ! Ah tiens, j'avais pas entré le facteur rosée dans l'équation,,, Avecl a pluie d'étoiles, j'ai eu le brouillard gratos. Je suis un peu dégoûté, mais qu'importe,... il n'y avait nul brouillard dans mes yeux.

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Ça c'est du grand'oeuvre... non ? ;)

Dans mon appartement bruxellois, il est vraiment rare que je voie le jour se lever sans qu'au moins une partie de mon esprit pense "pff, déjà ?". Pour la deuxième nuit d'affilée, je me sens comme un monocycliste debout sur une énorme boule, tentant par tous les moyens de la faire rouler à nouveau du côté de la lumière. De quintes de toux en retournements, j'essiae de colmater les fuites de chaleur, et je ne fais pas le fier lorsque l'aube arrive. Mais au moins, je suis sûr de ne pas louper ses lueurs magiques...

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C'est presque kitsch, mais j'adore...

Ma tente est complètement givrée, et j'en profite pour racler avec ma tasse ces précieuses gouttelettes avant qu'elles ne se perdent.

 

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Paré pour un petit café à l'aube

C'est que hier, pensant me diriger vers un lac (vous savez, une étendue d'eau avec une rivière qui entre et une autre qui sort...), j'ai dédaigné les eaux sulfureuses des aguas termales et je suis sévèrement en manque de flotte. La lagune en question est unconcentré de fientes d'oiseaux et ça sent le zwin par un jour de canicule. Même bouillie et avec du Micropure, je bois pas ça !

Idéalement dimensionnée, ma tente offre tout juste une tasse de café à qui la racle avec soin, et je garde donc mon fond de bouteille d'eau pour le retour. Une fois réchauffée, je rejoins mon abri qui devient l'endroit idéal pour une plaisante petite séance de lecture. J'en suis là lorsque débarque un promeneur solitaire. Anthony est français et voyage seul "à la dure" pour 7-8 mois. On taille une bonne bavette dans la langue de voltaire tout en se badigeonnant de crême solaire. C'est que l'altiplano ne connait pas de juste milieu... La suite à demain ! (si on veut bien...)

 

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Anthony... ben oui, on était pas 12 dans le coin...

décembre 19, 2011

Into The Wild (Wild West !)

parque,nacional,sajama,bolivie,bolivia[Note : Comme on m'a reproché à demi-mots de faire des notes trop longues et que j'ai mille choses à vous raconter, je profite de mon retour à La Paz pour programmer un petit feuilleton. J'en profite également pour dire un grand merci à tout ceux qui me lisent, à ceux qui commentent, ça me fait toujours chaud au coeur !] Pris par les affres de la solitude et du mauvais temps, j'étais donc rentré à La Paz sans trop savoir que faire ensuite. L'idée d'aller glander au bord du lac Titicaca en attendant mon vol pour le Brésil faisait doucement son chemin, corruptrice. Fort heureusement, dans un sursaut d'énergie, je me mis en tête d'aller faire un tour du côté du Parc National de Sajama, aux confins de l'Altiplano, adossé à la cordillère occidentale qui sépare la Bolivie du Chili.

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C'est pas beau ça ?

Comme toujours depuis mon arrivée dans ce pays, le trajet se fait tambour battant. Dans le bus pour Patacamaya 10 minutes après mon arrivée au terminal, dans le "van" pour Tambo Quemado 7 minutes après mon arrivée à Patacamaya et dans la voiture de Doña Luiza le temps de débarquer mon sac au croisement vers Sajama. 400 km en trois segments abattus en 5h et avec un quart d'heure d'attente au total, qui dit mieux ? Pas la SNCB en tous cas...

Dès mon arrivée, je me mets en route avec armes et bagages vers les "Aguas Termales" nichées à flanc de colline, à quelques 6km du village. Dès les premiers pas, je suis accompagné d'un affreux petit clébard qui gambade joyeusement à mes côtés, et semble bien décidé à venir avec moi où que j'aille... Comme je l'imaginais (on ne me la fait plus...), il y a là bas quelques bâtiments, mais après avoir planté ma tente sous des nuages menaçants, un petit bain à 35 degrés fait un bien fou ! Puis c'est sympa, il y a là quelques locaux, on papote comme des mafieux russes dans leur hamam, profitant du calme et de la tranquillité du lieu

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Coucher de soleil sur mon campement.

À la nuit tombée, je suis seul pour admirer les lumières somptueuses du coucher de soleil sur l'Altiplano.Le temps est à l'orage sur les hauteurs et des nuées arrosent l'horizon au nord-ouest alors que le temps est calme au sud. Rien que pour la photo qui suit, je suis content de m'être botté le cul !

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Coucher de soleil chamarré sur les volcans.

Ça, c'ètait encore dans l'euphorie du couchant, car après, c'est une interminable nuit dans un froid humide qui me transperce de part en part. Mon sac de couchage ("extrême : -5 degrés... mon cul !) ne m'est d'aucun secours et les heures passent avec une lenteur désespérante. J'hésite à aller me plonger dans les eaux chaudes, mais je ne pourrai pas y dormir, et en sortir sera encore pire. Il pleut, il vente,... Courage, le jour reviendra.
Lorsqu'enfin les premières lueurs de l'aube pointent à l'est, je bondis (comprenez "je m'extirpe péniblement en claquant des dents") hors de ma tente en trébuchant à moitié sur mon compagnon à quattre pattes qui devant la rudesse des éléments, a fini par se réfugier dans le petit auvent de ma tente. Les premiers rayons de soleil frappent les volcants jumeaux de Parinacota et Pomerapi encapuchonnés de nuages. à l'est, les contreforts du Nevado Sajama sont nimbés de brume, mais ce n'est pas l'émerveillement qui me fait sautiller sur place...
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Lever de soleil sur le Pomerapi et le Parinacota

Déjà, les premiers habitants des environs viennent prendre leur bain matinal (j'avais pas écrit quelque part "Putain qu'est-ce qu'ils se lèvent tôt ces boliviens !" ?). Je me glisse avec délice dans les eaux chaudes, les épreuves de la nuit sont passées, ça papote, les ménagères du coin viennent veaire la lessive à la sortie du bassin. Manifestement, il n'y  a en général pas de touristes à ces heures-là... La bonne moitié de la journée passe entre sieste peu fructueuse, bronzette (quoique ma crème Nivea indice 50 semble plus proche du plâtre que de l'adjuvant au bronzage...), essais de cerf-volant et longue conversation sur la politique bolivienne et la marche du monde avec le "moniteur" d'un groupe de jeunes venus se baigner. La suite à demain...

 

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décembre 14, 2011

La pudeur des géants

Sorata, c'est apparemment la mecque de la balade, le paradis du trek, le Namche Bazaar andin. Comme tout randonneur ayant été à bonne école, je ne me vois pas arpenter les grandes vallées sans mon kit de base comprenant vêtements chauds, boussole, sifflet et... carte. Restait à trouver la carte, et c'est évidemment là que les incas s'empoignèrent. Déjá, la seule librairie renseignée par le routard ne se trouve plus á l'adresse indiquée depuis des années, et il me faut pas mal de parlotte pour en retrouver la trace quelques rues plus haut. Là, on me dirige vers la librairie d'en face, qui elle-même me renvoie à celle d'en face (mais aussi juste à côté... tout de même), qui finit par m'indiquer que les cartes au 25 ou 50 millièmes ne font pas l'objet d'une édition. Déception. Mais, rajoute-t-il, vous pouvez toujours aller à l'État Major de l'armée, je pense qu'ils en vendent.

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La Paz by night... avec un trépied pas droit.

Heure avancée oblige, je remets au lendemain ma visite aux bidasses, et à 9h pétantes, je salue le planton qui m'indique le bureau de l'instituto Geografico Militar. Prenez l'escalier, 2ième étage. Je m'attends à trouver des rayonnage de cartes et un petit magasin. Que nenni point non guerre, il y a là trois types en uniforme et un énorme plotter (imprimante super large) HP. Je dépose mon sac et je demande timidement s'ils vendent des cartes, ils me répondent que oui, je leur dit que j'en voudrais une de Sorata, ils me disent que c'est 50 Bolivianos, chipotent sur l'ordinateur, puis mettent une grande feuille de papier dans l'imprimante. J'aurai donc une carte de Sorata au 50 millième imprimée rien que pour moi. Ceci dit, faut faire gaffe, parce qu'il est marqué "inkjet" sur la machine, et je soupçonne donc ma toute nouvelle carte d'être hautement allergique à la pluie.

Dûment équipé, je prends un taxi pour rejoindre le départ vers Sorata, pratiquement à l'autre bout de la ville. Comme c'est devenu une habitude, à peine descendu du taxi, j'entends le chauffeur du minibus hurler le traditionnel "Sorata Sorata Sorata Ya Saleeeee" (Départ pour Sorata... maintenaaaaant). Je lui jette mon sac qui trouve place sur le porte-bagage surchargé et me fraie un chemin vers l'unique place restante au fond du Toyota Hiace. C'est parti. Souvenirs de départs en vacances dans la camionnette familiale... sauf que j'étais plus petit et qu'on partait rarement à 17 dans la même voiture. Résultat, je suis coincé entre une femme à l'age indéterminable en costume traditionnel et un petit vieux édenté au regard espiègle. Je crains de finir avec une bouche comme la sienne tant mes genoux sont proches de mes gencives, mais je préserve tant bien que mal la distance, tout en prenant grand soin de ne pas encastrer mon occiput dans le montant du hayon arrière, un peu trop proche à mon goût. En 3h30 de route, l'affaire est dans le sac et nous entamons la danse de l'entrée dans le village... Nid de poule à gauche, nid de poule à droite, freinage. Aaaa-ccé-lé-ration-tournant ! C'est beau tout ce petit monde qui bouge en rythme.

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Les environs de Sorata 

Sauf qu'a Sorata, il fait un temps de chiotte. Une vielle bruine recouvre la ville (enfin, ville... on dira que c'est un village moyen qui se prend un peu au sérieux...) et je me réfugie le plus vite possible au Résidencial Sorata, plus ou moins conseillé par le routard. Mauvaise idée. La chambre pue un mélange subtil de pisse et de javel, la cuvette est pleine de merde et il y fait sombre comme dans la tête à De Wever. Le lendemain à la première heure, alors qu'il ne pleut plus (il ne fait plus que gris), je décide de changer de crémerie et court me réfugier chez les européens. Petra est allemande et tient l'Hostal Las Piedras, ou j'élis domicile pour les 3 nuits suivantes. Ça commence par un plantureux petit déjeûner de crêpes à la banane et coulis de chocolat accompagné d'un café au lait. Il fait propre, lumineux et il y a d'autres "backpackers". Je suis dans un repaire d'allemands, mais Andréas, Sonia, Kristof et Petra font l'effort de parler anglais. À peine le petit-déj englouti, je pars pour la "gruta de San Pedro" (l'un des buts de balades "faciles" du coin) avec Kristof, mais comme ils travaillent sur la route, nous sommes contraint d'emprunter un léger détour, qui nous met 500m de dénivelée dans les dents d'entrée de jeu (alors que c'est quasi plat normalement) en arrivant au col, il se remet à pleuvoir, Kristof ne se sent vraiment pas très bien (un vieux burger de La Paz s'agite quelque peu dans ses entrailles) et nous décidons que 3h de balade, c'est déjà pas mal, et qu'il n'y a aucune raison de s'infliger un long calvaire sous la pluie.

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 En balade avec Kristof...

Le lendemain, il y a comme un semblant de début de commencement d'éclaircie, j'empoigne mon sac à dos et je pars vers la Laguna Chillata, petit lac de montagne perché à 4200m d'altitude (alors que Sorata est à 2700) plus loin dans la vallée. Armé de ma carte et de mes connaissances en espagnol, je demande la route, analyse, cherche, devine... Il y a des chemins dans tous les sens et c'est vraiment pas évident de s'y retrouver. Aprés la dernière communauté, il n'y a plus grand monde, et les seuls qu'on croise sont des gosses "bergers" qui glandent sous des bâches et qui hurlent "donne-moi de l'argent" sur mon passage. Charmant. Je monte, je monte, je monte, pendant un peu plus de 5h30 et je finis... je sais pas trop où.

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 En route vers les nuages

Je devine sur la carte que suis à environ 4100m, mais le ressaut que je pensais être celui de la laguna se révèle être un vague replat sur lequel paîssent un âne et 3 moutons. Je fais un peu causette avec la madame qui tricotte (ben oui, évidemment... c'est l'endroit idéal) avec ses deux filles, mais elles ont l'air de parler à peine espagnol - La langue des paysans du coin, c'est l'Aymara - et n'ont pas la moindre curiosité ou intérêt pour moi. Si ce n'est pour de la bouffe et de l'argent. Je donne mes fruits secs, mon reste de pain et de frometon et je tourne les talons. De toutes façons, l'heure avance et il ne s'agit pas de rester coincé la haut (je survivrais, mais ce serait vraiment désagréable...). De plus, je suis juste juste sous les nuages, qui me semblent stables depuis le début de l'ascension, mais parfois, ça peut descendre très vite, et l'orientation dans la brume, c'est pas top top.

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 Plus haut, je peux pas

Au final, je suis heureux, j'ai passé une bonne journée en pleine nature, j'ai vu (ce que je pense être) des condors, 2 oiseaux vachement gros posés sur une crête... trop loin pour la photo sans mon zoom), j'ai sué comme un pourceau et la douche à l'arrivée est absolument di-vine. Ceci dit, la Laguna Chillata est adossée à l'Illampu, que je n'ai pas encore pu apercevoir, et offre normalement un panorama à couper le souffle. Dommage qu'il n'y ait que nuages. Le lendemain, l'enthousiasme est retombé, il pleut de plus belle et je commence à perdre patience... je me donne encore un jour, puis basta ya. 

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 Scène de la vie des alpages... mal photographiée :(

Basta ya. Ce matin, j'ai fait mes valises en maudissant la pudeur des géants andins, même pas foutus de se découvrir pour saluer mon arrivée, et pas plus pour pleurer mon départ. J'arrive à La Paz sous la pluie, je vais manger sous la pluie, et j'ai un peu mon compte de solitude. Heureusement, dans une semaine, je pars pour le Brésil, et surtout, dans 24 jours maintenant, ma douce et tendre me rejoint... Wééééé ! ! !

Demain, départ pour le parc national de Sajama. À priori, il ne devrait pas faire super beau, mais apparemment, par là bas, quand il fait dégueu, c'est à grand coups d'orages sur les volcans. Donc au mieux, je fais trempette dans les eaux chaudes et fait des photos de geysers, au pire, je lis sous la tente et je prends des photos des éclairs frappant les cimes. Ça me va ! Je vous raconte-ça en revenant !

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 Normalement, ça devait ressembler à ça... ;)

décembre 11, 2011

J'ai testé pour vous : Le bus pas-cama

Une fois n'est pas coutume, ce sera juste une petite note sans photos pour vous conter mes souffrances sur la route de La Paz. À peine descendu du bus qui me ramenait à Tupiza de mes péripéties solitaires, encore tout suant et quelque peu fatigué d'avoir veillé tard et photographié tôt, je décide de ne pas attendre plus longtemps et de prendre le bus "de nuit" pour la Paz, qui part à 17h et arrive à 8h le lendemain. Malheureusement, il n'y a aucun bus-cama qui part de Tupiza, et il me faudra donc me résoudre au "semi-cama" (un bus normal quoi...). Comble de malchance, je réserve assez tard, et il n'y a plus de places tout devant. Je serai donc côté fenêtre, en plein milieu du bus.

Lorsque le bus prend le départ (avec une demie heure de retard, mais qu'importe...), je suis loin de me douter de l'épreuve qui m'attend. Nous partons vers Potosí, puis Oruro, et enfin La Paz. Je suis assis à côté d'un petit vieux très gentil quoiqu'un peu encombrant, avec ses 12 sacs et 3 couvertures. Peu avant Potosí (qui est quand même à genre 5h de route), on se fait arrêter au poste de contrôle de police, et s'ensuit un long débarquement de bouteilles d'alcool. Je n'ai pas tout compris, mais apparemment, il est interdit de transporter de grandes quantités d'alcool, et c'est donc la confiscation. En attendant, on est tenus de rester dans le bus, sans la moindre information, et vu le temps que ça a pris, j'aurais bien été dégourdir mes jambes déjà sérieusement ankylosées.

À la sortie de Potosí, on s'arrête pour prendre de l'essence, tout le monde sort pisser un coup, et en deux temps trois mouvements, on nous fait remonter dans le bus. Mais ce n'est que pour faire 50m en marche arrière, puis s'arrêter à nouveau pour une petite demie-heure. Raison non-élucidée. Ensuite, c'est parti pour une Loooooongue nuit d'inconfort, de cahots et de froid intense. C'est que le principe du semi-cama, c'est de pouvoir incliner son siège relativement fort. Ce que la pub ne dit pas, c'est qu'en même temps que le dossier s'incline, l'assise avance et les genoux viennent s'encastrer dans le siège de devant. Choueeeette !

Arrivés à Oruro vers 7h, on doit tous pisser comme des veaux, et la révolte gronde quand après avoir débarqué en vitesse les quelques passagers arrivés à destination, le bus repart sans autre forme de procès. La moitié du bus est debout dans le couloir et ça gueule "Vamos a Urinar"... ça me fait bien marrer, moi qui ne suis pas sur le point d'exploser.

On arrivera finalement sur le coup de 10h30 à La Paz, avec 2h30 de retard des gueules de déterrés et, me concernant, une promesse ferme de ne plus jamais acheter un ticket à la Panamericana ;) En attendant, je suis à La Paz (ou plutôt, j'y étais il y a 3 jours, au moment d'enregistrer cette note. Au programme, un peu de repos, d'écriture (!), des courses de bouffe légère et départ pour Sorata, charmante petite bourgade et départ de superbes balades. Il fait apparemment beaucoup plus vert par là bas, et comme il y a (encore pour l'instant) des glaciers plus haut, il devrait en toute logique y avoir de nombreux torrents et rivières me permettant de m'enfoncer un peu plus loin, en quête de la beauté sauvage bolivienne !

décembre 10, 2011

Into the Wild (Wild South)

Tupiza,bolivia,wild 10h pétantes, me voici donc dans le bus pour Atocha et Uyuni. Je scrute le paysage par la fenêtre en quête d'un bel endroit ou m'arrêter, et après un peu plus d'une heure de trajet, je demande au chauffeur de me laisser là... Il me regarde avec des grands yeux, "Aqui ??" - "Si, si, aqui". C'est que "ici", il n'y a à peu près rien que quelques cahutes de terre et plein de cactus. Je sors tout mon barda du bus, et me voici en marche vers l'un des vallons perpendiculaires à la vallée principale, où coule un petit ruisseau ridicule dans son énorme lit. Je monte résolument vers le rien, empruntant un lit de rivière assèché, dans la caillasse et dans une chaleur. Mon sac pèse le poids d'un âne mort, mais je suis content... Ce coup-ci, j'en suis sûr, il n'y aura personne !

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C'est parti !

Après deux petites heures de marche, j'avise un petit sommet qui paraît accessible (il faut dire que tout ce qui pousse ici est garni de copieuses épines, et que les "montagnes" sont faites de gravats friables... Comme il n'y a pas le moindre semblant de sentier, il faut bien regarder où on va. Ce n'est pas une grosse montagne, loin de là, mais à la séparation de deux vallons, ce monticule offre une très chouette vue sur les alentours. Depuis que je suis en Bolivie, j'ai dèjà vu un nombre impressionnant d'éclairs... presque chaque jour, méme s'il ne pleut pas, le tonnerre gronde, et je choisis donc un petit épaulement non loin du sommet pour planter ma tente. On ne m'aura pas à démonter en quadruple vitesse et en pleine nuit pour ne pas me prendre la foudre sur la tronche.

Tupiza, bolivie
Le campement, bien surexposé... mais c'est que mon 10-24 a sérieusement souffert...

Au programme de l'après-midi : installation du camp, bricolage d'un abri solaire et lecture dans le grand calme du désert. Ce coup-ci, j'ai pris le temps d'acheter une toile "superbolivienne" pour éviter de cramer totalement, et je suis bien content d'avoir avec moi les 15m de cordes emportés dans la catégorie "en cas de problèmes"... 2 Cactus, un mât de tente et une motte de terre feront l'affaire pour la structure, quelques lacets de rechange pour arrimmer la toile aux cordes, et me voici nanti d'une super machine à faire de l'ombre... entre deux rafales de vent.

Tupiza,bolivie
J'en profite pour faire un peu le con...

Le soir pointe le bout de son nez, le moment tant attendu des belles lumières du couchant. Je monte donc au sommet avec mon matos photo et mon réchaud en prévision d'une belle nuit de photographe. À peine au sommet, je me rends compte que j'ai oublié ma frontale, et que la descente en pleine nuit risque d'être périlleuse. Retour au camp, retour au sommet... Pour me rendre compte que j'ai le réchaud, j'ai la frontale, mais j'ai oublié le sac de bouffe et le café. Allez hop, on redescend, on remonte... heureusement que le campement n'est pas trop loin !

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Coucher de soleil sur les cactus...

De fait, les lumières du couchant sur les cactus en fleur sont magnifique, et j'en prends plein les yeux. La nuit tombe et malheureusement, la lune presque pleine empêche une belle vue sur les étoiles. Qu'à cela ne tienne, la beauté s'offre à qui sait être patient (en tous domaines d'ailleurs...). Une petite bouffe, un bon café, et voila que le ciel se couvre. Alors que la lune va bientôt s'en va vers son coucher, de gros nuages ont totalement envahi le ciel,... Patient mais pas suicidaire, je n'attend pas que l'orage me pète à la gueule au sommet et j'abandonne... Tant pis, ce sera pour une autre fois.

Tupiza, Bolivie
J'en profite pour tricher un peu avec une photo prise la veille à la sortie de Tupiza...

Le lendemain matin, lever aux aurores pour profiter des lumières de l'aube, mais aussi pour me rendre compte que je consomme comme un vieux 4x4 américain. Des 4 litres (plus un reste de coca vite bu) de flotte emmenés, il ne m'en reste qu'un petit. Il faudra donc redescendre ou creuser un puit dans le lit de la rivière. Je décide de redescendre. J'aurais bien prolongé le séjour dans la région, mais l'absence de cours d'eau, si petits soient-ils, limite très sérieusement mon autonomie, et je décide donc d'aller chercher de plus vertes contrées, Into the Wild (Wild North). Encore une fois, à peine de retour sur la piste principale et ayant trouvé un grand arbre pour attendre le bus, le voici qui arrive... décidémment, les transports en Bolivie sont d'une efficacité incroyable... à défaut d'être d'un confort royal.
Tupiza,bolivie

Tupiza, bolivie
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décembre 09, 2011

À la recherche de mon fier destrier.

tupiza, boliviaFrustré par cette escapade très peu "nature", je décide de me rendre (comme prévu en fait...) à Tupiza, petite bourgade du sud connue pour ses activités touristiques, notamment ses départs vers le salar d'Uyuni, tours en jeep, à cheval ou à vélo. J'espère pouvoir y louer une voiture et aller faire le mariole dans les coins les plus reculés possibles. De Potosi, le bus part à 20h45, et arrive a 5h du matin. Parfait me dis-je, ça m'évitera une nuit d'hôtel, et je ferai une petite sieste en arrivant. Peine perdue, pour une fois, le bus arrive avec 2h30 d'avance. On (un hollandais rencontré dans le bus et moi) se retrouve donc en plein milieu de la nuit à la recherche d'une auberge... Celles qui nous ouvrent demandent des prix (relativement s'entend) prohibitifs, que les autres routards (après 1/2h de recherche, on est plus 2 mais 8) finissent par accepter, mais ça ne me tente pas trop, et je finis par revenir au terminal me coucher sur un banc en attendant le jour, histoire d'aller ou je voulais et de ne payer que la nuit suivant. Certes, la vie en Bolivie n'est vraiment pas chère, mais je pense déjà au Brésil où je vais raquer comme un sauvage, et le budget s'annonce serré (pour tous dons, Saint-Nicolas, Noël, Étrennes, épiphanie, etc : 063-8892642-08) :):):)
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Bonne idée de prendre une photo du plan de la ville au terminal... ;)

Un peu naze, mais bien logé, je me mets en quête d'un moyen de transport pour explorer la région. Très vite, mes envies d'automobiles sont calmées par les locaux : impossible de louer une voiture ici. Idem pour la moto ou le scooter... Reste le vélo. La plupart des nombreuses agences de la ville proposent des tours en VTT, mais impossible de leur louer un vélo "tout seul". Je fais donc les magasins de vélo de la ville, mais c'est dimanche et le dimanche, tout est plus compliqué. Je prévois donc de revenir le lendemain, et j'ai un plan pour acheter un vélo à 300-350 bolivianos (30-35€), que je pense revendre genre à moitié prix. Il s'avère en effet que la location, ici, "ça ne se fait pas".

Le lendemain, 8h, me voila donc en route, mais le tuyau est percé, le vélo que je reluquais a déjà un propriétaire, et le reste est soit beaucoup plus cher, soit inexistant. Après avoir refait toutes les boutiques, je laisse tomber. Puisque c'est comme ça, j'irai à pied !

décembre 08, 2011

J'ai pissé dans l'oeil de l'Inca

Aussi enrichissante et agréable (le plus souvent...) qu'ait pu être mon expérience avec Sodis, ça ne m'a pas laissé beaucoup de temps pour moi, et encore moins en pleine nature. Le problème des bus, c'est qu'ils vont de ville en ville, et qu'on se retrouve donc invariablement en milieu urbain. Sans être le moins du monde ermite solitaire, il me prend souvent l'envie de me retrouver en pleine nature, seul face à l'immensité, tout ça...

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Là, on y croit encore...

Au départ de Potosí, le routard renseignait la "Laguna de Tarapaya", située à environ 25 km de la ville et apparemment en pleine nature. Ni une ni deux, je trouve le mercado de Chuquimia (d'où partent les bus pour là-bas), comme d'habitude, le bus est là et part 3 minutes après que j'y sois monté. En deux temps trois mouvements, me voila dropé près d'un pont, avec explications du chauffeur : Il y a un tout petit chemin qui monte, il suffit de le suivre et tu vas tomber dessus. Là, je souris bêtement, ça s'annonce très bien, c'est effectivement un sale petit sentier super escarpé, bien dur avec mon énorme sac à dos. Le genre de chemin qui fait déjà une bonne petite sélection dans le public.

Tout essouflé (on est quand même à genre 3800m), je prends pied sur le ressaut et constate avec horreur que le chauffeur m'a en réalité proposé un raccourci, par rapport au chemin de terre carrossable qui monte de l'autre côté. Il y a donc des petites maisonnettes, un garde qui fait payer un droit d'entrée (10 Bs, pas la mer à boire), et surtout déjà une famille de boliviens ayant parqué sa voiture juste au bord de la lagune, portières ouvertes et musique a fond, à peine couverte par le bruit des gosses hurlants... Ô joie, Ô sérénité, Ô magnificience de la nature. Putain, font chier ces boliviens à tout le temps se foutre là où je veux aller !

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Là, on y croit plus...

Le moment de rage et de désillusion passé, je m'installe au bord de ce petit lac aux eaux naturellement (très) chaudes. Le garde m'explique que c'est en fait un cône et que les berges sont très abruptes. La pente plonge jusqu'à 22m, là oú les eaux chaudes sortent de terre. En effet, à 50cm du bord, je n'ai plus pied. et au bord, je n'ai pas vraiment pied non plus, puisque c'est tellement pentu qu'il est impossible de se tenir en équilibre. Ces eaux auraient paraît-il de telles vertus que l'empereur Inca venait s'y baigner depuis Cuzco (et c'est pas tout près Cuzco...), d'oú les noms de "Ojo del Inca", Oeil de l'inca, d'après le garde, et "Baño del Inca", beaucoup moins poétique, d'après le routard, surtout quand on sait que "baño" en espagnol désigne certes un bain, une baignoire, mais aussi "les toilettes"... ;). Et pour ceux qui se le demandent, j'aurais bien voulu, mais je devais pas pisser, c'était juste pour avoir un titre un peu accrocheur...

Ceci dit, une fois mes bons vieux bouchons d'oreilles retrouvés, ça va déjà mieux, et je profite tout de même un peu du temps magnifique. Un peu trop même... C'est que le soleil au zénith (ou quasi) tape dur, et qu'il n'y a pas un arbre en vue, encore moins un arbre en dessous duquel s'installer pour profiter de son ombre. Les bains fréquents sont donc indispensables, et c'est un vrai bonheur que de sortir tout mouillé dans le petit vent qui souffle et qui rafraîchit.

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C'est pas ces ridicules petites arbustes qui vont donner de l'ombre...

Ceci étant, je ne m'éternise pas, car l'autocombustion me guette, je le sens ! 2h30 environ après mon arrivée, me voici sur le chemin de Potosi, avec quelques inquiétudes quant à la possibilité de trouver un bus. Après 5minutes de marche vers le village de Tarapaya, je suis rassuré, un bolivien sort du fossé, me passe devant et hèle une camionnette. Hop, en route.

Hop, en route j'ai dit. Ah, si, avance... Lentement, mais on avance. Faut dire qu'à 22 dont 3 enfants dans un gros Nissan Vanette, on a le temps d'observer le paysage. Qu'importe, de toutes façons, je ne suis pas pressé, mon bus pour Tupiza ne part qu'à 20h45, et j'aurai encore bien le temps d'observer les bucoliques alentours du terminal d'autobus.

Bolivie, potosi

Ah, ben heureusement qu'il est interdit de jeter des gravats et déchets... ça fait une chouette piscine pour les gosses du quartier, avec même un pneu au milieu pour jouer !

décembre 03, 2011

J'ai testé pour vous : Le bus-cama !

Après toutes ces découvertes incroyables avec la fondation Sodis, dont je ne remercierai jamais assez les membres pour leur gentillesse et leur disponibilité, il était temps pour moi de quitter Cochabamba (ne vous fiez pas au ton de la note précédente, je suis quand même très content d'ètre là, même si parfois, la réalité du terrain prend quelque peu le pas sur mon enthousiasme et me mène à des réflexions peu réjouissantes).

Direction le sud donc, avec pour objectif la découverte des paysages lunaires et des nuits étoilées du Sud-Lipez. Première étape : Potosi, ville minière et ancien fleuron absolu de la couronne espagnole, qui a sorti des collinnes avoisinantes des quantités monstrueuses d'argent. Très franchement, la triste histoire de ce lieu (des centaines de milliers, si pas des millions d'indiens et d'esclaves africains y sont morts pour l'enrichissement de l'Espagne, et plus largement de l'Europe) m'attire vraiment très peu, mais de toutes façons, c'est sur la route vers Tupiza, et comme entre Cochamaba et Potosí, il y a déjà 10h de bus, un arrêt me paraîssait indispensable.

Potosi,bolivie



Vers 9h donc (en tenant compte de la demie-heure nécessaire à faire demi-tour dans le terminal de bus supra-bordelique de Cochabamba), le Bus-cama a pris route. Le concept du bus-cama est très proche de celui de la business class en avion. Il n'y a que trois rangées de siège dans la largeur et le bus ne transporte qu'une petite cinquantaine de passagers. Conséquence : Des sièges larges et confortables, s'inclinant presque jusqu'à l'horizontale (cama signifie "lit" en espagnol...). Je ne dirais pas que j'ai dormi comme un bébé, mais de tous les trajets en bus qu'il m'a été donné d'endurer, ce fut de loin le plus confortable.

Sur le coup de 7h et sous un ciel sans le moindre nuage, j'ai donc débarqué à Potosí, avec comme une intense envie de sieste. Direction le centre et l'hostal Carlos Quinto donc, en traversant les faubourgs "coronesques" de la ville. Potosí est riche de son passé, mais pour l'instant, on ne peut pas dire que ce soit la grande gloire. Une fois quelque peu reposé, je sors pour une grande balade dans la ville, toute en contrastes. En descendant un peu, ce ne sont que belles demeures coloniales, marchés animés et rues colorées. Je décide de monter le plus possible pour obtenir un point de vue "global" sur la ville, et après une heure de marche, je suis dans des quartiers beaucoup moins réjouissants. Ceci dit, à part de sales clébards grognants, aucun sentiment d'insécurité ne me prend. Les gens me regardent passer un peu comme un martien, je tape la papote avec un gars occupe à creuser un tranchée d'égouttage à la pioche, étonné de voir un touriste dans le coin, mais pas du tout méfiant. La vue d'en haut n'est pas spécialement magnifique, mais rien que pour l'effort (le centre ville est quand même à presque 4100m... et même en venant de 2500, ça pompe !), je suis content de l'avoir fait.

Potosi,bolivie



C'est en redescendant que vient le plus chouette moment de la balade... Après un arrêt au Mercado Campesino pour acheter des pommes, je pose mon cul sur une petite place, pensant prendre une photo de la dame en train de tondre les pelouses au couteau (si,si...). J'étais en train d'hésiter quand je vois une  petite fille faire de la corde à sauter avec un mètre en métal souple s'approcher, d'abord timidement, puis avec un peu plus de conviction. On noue le contact, et c'est parti pour une chouette séance photos et impressions en direct... Je suis trop content d'avoir emporté cette imprimante, voir leur tête en recevant ce petit cadeau tout simple vaut largement l'investissement !

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Là dessus, retour à l'hôtel, une petite session d'écriture et d'upload, puis j'irai probablement voir ce qui se passe dans le pub juste à côté. Au programme de demain (au moment d'écrire cette note...), une lagune d'eaux thermales à 35 degrés qui se trouve à une grosse vingtaine de kilomètres de la ville, puis départ en fin de journée pour Tupiza.

À plus dans l'bus !

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décembre 01, 2011

Le monde appartient-il aux boliviens ?

chapare,bolivia,sodisBon, je vais pas vous refaire le coup des filtres, de l'eau pure et tout le tintouin, mais après bientôt trois semaines passées au contact étroit des boliviens et à l'heure de quitter Cochabamba, je me propose de vous livrer quelques réflexions sur le peuple Bolivien. En effet, du haut de mon immense expérience, il va sans dire que je suis en mesure de juger cette société dans son ensemble. Ennemis de l'ironie, passez votre chemin.

Tout d'abord et d'où le titre de cet article, force est de constater que le bolivien se lève tôt... Putain qu'est-ce qu'il se lève tôt ! En de (très) rares occasions, il m'est arrivé de sortir de chez moi  en Belgique un jour de semaine lorsque l'été bat son plein (enfin, disons lorsque le soleil se lève tôt...), et je n'ai rencontré que rues vides et commerces fermés, quand ce n'était pas quelque vieux bourré (étais-je de ceux-là ?) rentrant péniblement chez lui.

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Le bolivien travaille et ne ménage pas sa peine. C'est tant mieux, parce que quand on veut suivre le rythme de Sodis, il vaut mieux trouver pouvoir un déjeûner, un taxi et quelques fruits à la pointe de l'aube. Pour une fois cependant, on est partis à 17h30, heure bolivienne (comprenez 19h heure locale...), mais ce n'était que pour mieux s'arracher à l'oreiller le lendemain matin. Quoique de lendemain, j'ai longtemps pensé qu'il n'en serait pas question au regard de l'enfer routier que fût notre voyage jusqu'à Villa Tunari. Entre Cochabamba et le Chaparé, il n'y a qu'une seule route que les français qualifieraient de "départementale" et que les boliviens considèrent comme une autoroute. Il s'agit d'une route asphaltée (la plupart du temps) à deux voies, une dans chaque sens, et empruntée par force camions. Ce qu'il faut bien avoir en tête, c'est que le camion bolivien peut être de deux types : Surchargé et roulant à 15-20 km/h (sans exagération) dans les montées et les descentesm freins obligent, ou à vide et roulant à tombeau ouvert en toutes circonstances.

De notre côté, nous roulons toujours dans le bon vieux Land Cruiser dont je vous ai déjà parlé. Là où les choses se corsent et où la tension monte, c'est lorsque je me rends compte qu'en plus d'être bolivien (comprenez, rouler n'importe comment), Benito, notre chauffeur, n'y voit goutte dès qu'une quelconque lumière vient en face. Lorsqu'un véhicule se présente (et il y en a pas mal...), nous ralentissons donc jusqu'à 20-30 km/h, car Benito est un mec prudent (et fort sympathique par ailleurs). Si par malheur, quelqu'un se parque en sens inverse sur le côté droit de  la route phares allumés, il faut mon intervention quelque peu paniquée pour indiquer à Benito que s'il "croise" ce gars-là, on est dans le ravin. [Voila la suite...]

À sa décharge, le bolivien manque de respect envers son prochain dans pas mal de domaines. Dans l'obscurité totale, tout le monde se croise pleins phares, avec juste quelques appels pour faire comme si, mais qui finissent toujours sur la position "va te faire foutre connard, je rajoute les antibrouillards !". À défaut de morale, la politesse en tient lieu, disait Compte-Sponville (ça le fait hein de lire les philosophes...), et sans aller jusqu'ajuger de la morale bolivienne, je vous dirai que j'espère qu'elle est forte et puissante, parce que de politesse et de respect, il n'est ici pas question. Le bolivien klaxonne, jette ses détritus par la fenêtre ou dans les fleuves, ne connaìt pas les feux de croisement et vous inflige le son sursaturé de la musique de son GSM dans l'espace confiné d'un taxi. Et quand ils sont trois à le faire simultanément, comme ce fut le cas dans le "trufi" du retour, je peux vous dire qu'on meur d'envie de leur offrir des écouteurs (oui, je reste un grand pacifiste dans l'âme...).

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Si la politesse est la morale du pauvre, alors je pense que les boliviens vivent largement au dessus de leurs moyens. À leur décharge encore, il faut ajouter qu'ils vivent dans un pays d'une dureté difficile à imaginer pour le belge bon teint (quoiqu'un peu cramé) que je suis. Pour résumer, et cette opinion pourrait bien changer avec ma découverte un peu plus étendue du pays, soit on est à 4000, il fait sec comme dans un troquet suédois et on se les gèle comme en dehors dudit troquet, soit on est à 2500m avec tous ceux qui ne sont pas complètement masos (la zone est donc bien bien peuplée...), soit on est à 300m, dans un climat à faire défaillir un sidérurgiste liégeois.

À part ça, on s'est donc rendu dans le chaparé, en visites aux communautés du fleuve et je n'ai pas grand chose à vous conter que la torpeur moite des tropiques, la beauté sauvage de ces contrées et l'isolement des communautés de Tres Islas et de La Soltera (qui ne sont pourtant pas les plus isolées, loin s'en faut). Ici, on vit au bord du fleuve, sous un soleil de plomb, dans des huttes aux toits de... Euh, aucune idée... feuilles de bananiers ?, on rêve de réseau gsm, d'électricité, de télés et on entrepose le produit de sa pêche dans des frigos Coca-Cola.

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Je vous dirais bien que c'est magnifique (et ça l'est), mais je suis convaincu que c'est aussi magnifique que l'étaient nos forêts ardennaises envahies par la neige et peuplées de loups au 17ième siècle. Pour faire un peu de tourisme, c'est bien, mais pour y vivre et s'y développer, mieux vaut en abattre une bonne partie et construire des routes. Si on veut de la forêt dans le monde, je pense qu'il vaut mieux commencer à raser quelques maisons et à fermer quelques routes par chez nous, et ne pas trop regarder ce que les autres font de leurs bosquets.

C'est vrai quoi, quand on vit dans une case, sans eau courante (sinon celle du rio), sans électricité, sans sanitares et avec des rêves de civilisation plein la tête, la forêt, qu'est-ce qu'on en a à foutre ? Pour nous, qui avons déjà détruit toutes nos forêts anciennes, c'est certes important (puit de carbonne, réserve de biodiversité, équilibre climatique,... tout ça), mais il me semble raisonnable de se demander pourquoi nous avons fait place nette par chez nous... Pour pouvoir vivre et cultiver tranquilos pardi !

Ce que je pense, certes sous l'influence de quelques Cuba Libre pris en compagnie d'Enric (mais maintenant que je recopie l'article, tout à fait sobre, ça ne change pas grand chose), c'est que l'humanité va devoir (à terme) se passer de grandes forêts, parce que là où on veut pouvoir vivre, il faut bien se créer de l'espace et ne comptez pas sur les boliviens pour l'économiser en construisant des buildings de 30 étages qui coûtent un pont... Ils ont beaucoup plus besoin de ponts pour se relier entre eux. L'éducation des populations et la sensiblisation feront peut-être des miracles, mais j'avoue que j'en doute.

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Là dessus, je salue bien bas ceux qui me lisent malgré mes articles très (trop ?) longs, mais s'ils sont arrivés jusqu'ici, c'est que ce n'était pas si horrible que ça. En conclusion, je dirais que l'herbe n'est pas toujours plus verte chez le voisin et que mon amoureuse me manque, alors qu'elle n'a rien (mais alors rien du tout) à envier à la voisine !