décembre 01, 2011

Le monde appartient-il aux boliviens ?

chapare,bolivia,sodisBon, je vais pas vous refaire le coup des filtres, de l'eau pure et tout le tintouin, mais après bientôt trois semaines passées au contact étroit des boliviens et à l'heure de quitter Cochabamba, je me propose de vous livrer quelques réflexions sur le peuple Bolivien. En effet, du haut de mon immense expérience, il va sans dire que je suis en mesure de juger cette société dans son ensemble. Ennemis de l'ironie, passez votre chemin.

Tout d'abord et d'où le titre de cet article, force est de constater que le bolivien se lève tôt... Putain qu'est-ce qu'il se lève tôt ! En de (très) rares occasions, il m'est arrivé de sortir de chez moi  en Belgique un jour de semaine lorsque l'été bat son plein (enfin, disons lorsque le soleil se lève tôt...), et je n'ai rencontré que rues vides et commerces fermés, quand ce n'était pas quelque vieux bourré (étais-je de ceux-là ?) rentrant péniblement chez lui.

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Le bolivien travaille et ne ménage pas sa peine. C'est tant mieux, parce que quand on veut suivre le rythme de Sodis, il vaut mieux trouver pouvoir un déjeûner, un taxi et quelques fruits à la pointe de l'aube. Pour une fois cependant, on est partis à 17h30, heure bolivienne (comprenez 19h heure locale...), mais ce n'était que pour mieux s'arracher à l'oreiller le lendemain matin. Quoique de lendemain, j'ai longtemps pensé qu'il n'en serait pas question au regard de l'enfer routier que fût notre voyage jusqu'à Villa Tunari. Entre Cochabamba et le Chaparé, il n'y a qu'une seule route que les français qualifieraient de "départementale" et que les boliviens considèrent comme une autoroute. Il s'agit d'une route asphaltée (la plupart du temps) à deux voies, une dans chaque sens, et empruntée par force camions. Ce qu'il faut bien avoir en tête, c'est que le camion bolivien peut être de deux types : Surchargé et roulant à 15-20 km/h (sans exagération) dans les montées et les descentesm freins obligent, ou à vide et roulant à tombeau ouvert en toutes circonstances.

De notre côté, nous roulons toujours dans le bon vieux Land Cruiser dont je vous ai déjà parlé. Là où les choses se corsent et où la tension monte, c'est lorsque je me rends compte qu'en plus d'être bolivien (comprenez, rouler n'importe comment), Benito, notre chauffeur, n'y voit goutte dès qu'une quelconque lumière vient en face. Lorsqu'un véhicule se présente (et il y en a pas mal...), nous ralentissons donc jusqu'à 20-30 km/h, car Benito est un mec prudent (et fort sympathique par ailleurs). Si par malheur, quelqu'un se parque en sens inverse sur le côté droit de  la route phares allumés, il faut mon intervention quelque peu paniquée pour indiquer à Benito que s'il "croise" ce gars-là, on est dans le ravin. [Voila la suite...]

À sa décharge, le bolivien manque de respect envers son prochain dans pas mal de domaines. Dans l'obscurité totale, tout le monde se croise pleins phares, avec juste quelques appels pour faire comme si, mais qui finissent toujours sur la position "va te faire foutre connard, je rajoute les antibrouillards !". À défaut de morale, la politesse en tient lieu, disait Compte-Sponville (ça le fait hein de lire les philosophes...), et sans aller jusqu'ajuger de la morale bolivienne, je vous dirai que j'espère qu'elle est forte et puissante, parce que de politesse et de respect, il n'est ici pas question. Le bolivien klaxonne, jette ses détritus par la fenêtre ou dans les fleuves, ne connaìt pas les feux de croisement et vous inflige le son sursaturé de la musique de son GSM dans l'espace confiné d'un taxi. Et quand ils sont trois à le faire simultanément, comme ce fut le cas dans le "trufi" du retour, je peux vous dire qu'on meur d'envie de leur offrir des écouteurs (oui, je reste un grand pacifiste dans l'âme...).

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Si la politesse est la morale du pauvre, alors je pense que les boliviens vivent largement au dessus de leurs moyens. À leur décharge encore, il faut ajouter qu'ils vivent dans un pays d'une dureté difficile à imaginer pour le belge bon teint (quoiqu'un peu cramé) que je suis. Pour résumer, et cette opinion pourrait bien changer avec ma découverte un peu plus étendue du pays, soit on est à 4000, il fait sec comme dans un troquet suédois et on se les gèle comme en dehors dudit troquet, soit on est à 2500m avec tous ceux qui ne sont pas complètement masos (la zone est donc bien bien peuplée...), soit on est à 300m, dans un climat à faire défaillir un sidérurgiste liégeois.

À part ça, on s'est donc rendu dans le chaparé, en visites aux communautés du fleuve et je n'ai pas grand chose à vous conter que la torpeur moite des tropiques, la beauté sauvage de ces contrées et l'isolement des communautés de Tres Islas et de La Soltera (qui ne sont pourtant pas les plus isolées, loin s'en faut). Ici, on vit au bord du fleuve, sous un soleil de plomb, dans des huttes aux toits de... Euh, aucune idée... feuilles de bananiers ?, on rêve de réseau gsm, d'électricité, de télés et on entrepose le produit de sa pêche dans des frigos Coca-Cola.

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Je vous dirais bien que c'est magnifique (et ça l'est), mais je suis convaincu que c'est aussi magnifique que l'étaient nos forêts ardennaises envahies par la neige et peuplées de loups au 17ième siècle. Pour faire un peu de tourisme, c'est bien, mais pour y vivre et s'y développer, mieux vaut en abattre une bonne partie et construire des routes. Si on veut de la forêt dans le monde, je pense qu'il vaut mieux commencer à raser quelques maisons et à fermer quelques routes par chez nous, et ne pas trop regarder ce que les autres font de leurs bosquets.

C'est vrai quoi, quand on vit dans une case, sans eau courante (sinon celle du rio), sans électricité, sans sanitares et avec des rêves de civilisation plein la tête, la forêt, qu'est-ce qu'on en a à foutre ? Pour nous, qui avons déjà détruit toutes nos forêts anciennes, c'est certes important (puit de carbonne, réserve de biodiversité, équilibre climatique,... tout ça), mais il me semble raisonnable de se demander pourquoi nous avons fait place nette par chez nous... Pour pouvoir vivre et cultiver tranquilos pardi !

Ce que je pense, certes sous l'influence de quelques Cuba Libre pris en compagnie d'Enric (mais maintenant que je recopie l'article, tout à fait sobre, ça ne change pas grand chose), c'est que l'humanité va devoir (à terme) se passer de grandes forêts, parce que là où on veut pouvoir vivre, il faut bien se créer de l'espace et ne comptez pas sur les boliviens pour l'économiser en construisant des buildings de 30 étages qui coûtent un pont... Ils ont beaucoup plus besoin de ponts pour se relier entre eux. L'éducation des populations et la sensiblisation feront peut-être des miracles, mais j'avoue que j'en doute.

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Là dessus, je salue bien bas ceux qui me lisent malgré mes articles très (trop ?) longs, mais s'ils sont arrivés jusqu'ici, c'est que ce n'était pas si horrible que ça. En conclusion, je dirais que l'herbe n'est pas toujours plus verte chez le voisin et que mon amoureuse me manque, alors qu'elle n'a rien (mais alors rien du tout) à envier à la voisine !


Commentaires

Cath
décembre 02, 2011


M'enfin, c'est quoi ce demi post...
Bisous!

décembre 02, 2011


Non mais regardez-moi ces primer-mondistes branchés du soir au matin et qui se plaignent parce qu'un post prend un peu de retard... Ici, une note avec photos, ça se paie en heures d'upload ma grande ! C'est de ma faute à moi si l'ajout des photos de la note précédente a pris tellement de temps que j'ai pas pu finir ? Non. Bon alors on arrête de râler. Et puis je mets les T-shirts que je veux... Au Chaparé, il y a deux impératifs vestimentaires : Léger et à manche longues. Ce t-shirt est le seul qui rencontre parfaitement ces deux critères. Le reste,... vous savez bien.

jo
décembre 03, 2011


;-)

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